vendredi 11 mars 2016

ROSEMONDE et VICTOR


Deux petites histoires vraies et courtes pour nous remettre les idées en place ! On en a besoin de temps en temps !


ROSEMONDE


J'ai depuis plusieurs années une employée de maison qui m'apporte une aide précieuse pour s'occuper de ma sœur, âgée et handicapée.
C'est une femme de 35 ans, haïtienne, avec, comme tout le monde, ses qualités et ses défauts . Si je râle souvent après sa nonchalance, j'apprécie, contrepartie de celle-ci, sa patience et sa gentillesse. Immigrée en République Dominicaine depuis une quinzaine d'années, on peut considérer qu'elle a réussi son immigration. Elle a une situation administrative en règle, un emploi stable, a appris à lire et écrire et possède une petite “casita” où elle héberge, bon gré, mal gré, de nombreux membres de sa famille ou de son village.
Elle a trois enfants, enfin deux dont elle est la mère biologique, et une troisième que son mari lui a ramené tout bébé, fruit de sa relation avec une autre femme, et qu'elle élève depuis l'âge de deux mois. C'est son fils aîné exactement au même titre que les autres. Ce fut un premier étonnement pour moi quand elle me l'apprit! Elle lui a même demandé de retourner chez sa vraie mère alors que celle-ci était malade et mourante pour qu'il la voit et s'en occupe. Il est revenu chez sa “maman” après le décès de sa mère .
Ce matin donc, elle m'explique qu'elle a un bébé. Devant mon étonnement, elle me décrit avec son vocabulaire, la situation suivante :
Le fils d'une de ses cousines, qu'elle héberge plus ou moins, vivait avec une jeune femme qui a accouché il y un mois et qui est décédée peu après l'accouchement d'une éclampsie. Son conjoint, ne voulant pas le bébé, a déclaré que ce n'était pas son enfant et a signé un document confirmant ceci auprès de la justice . Donc enfant haïtien en République dominicaine, non déclaré (il y a juste la facture médicale de l'hôpital d'accouchement), sans nom ni prénom, orphelin et abandonné ! On sait que le sort des bébés abandonnés dans le monde est difficile, mais imaginez un bébé haïtien orphelin abandonné en République Dominicaine ! Inextricable et un sort des plus précaires.
Rosemonde a donc décidé de se rendre à la “fiscalia”, organisme de justice locale, pour en demander la garde et, si possible, l'adoption. Devant mon air hébété et incrédule, elle m'a simplement dit : “C'est bien, je n'ai pas de fille ! Je l'ai appelée Roseta, un peu comme moi. Tu comprends, je ne peux pas la laisser, c'est ma famille”. Elle était souriante et heureuse d'avoir une petite fille. Elle m'a expliqué qu'elle s'arrangeait pour que sa voisine la garde pendant qu'elle venait travailler chez moi.
Je me suis sentie mal à l'aise, très mal à l'aise. Honteuse de me dire que je ne pense pas que j'aurais agi ainsi, alors que j'en aurais eu plus la possibilité qu'elle, honteuse de mon égoïsme, de mes humeurs , de mes questions existentielles alors que Rosemonde venait de me donner une leçon de vie, tout simplement. Son mari, jardinier, est très heureux, m'a-t-il dit, d'être le papa d'une petite fille, lui qui, malgré ses nombreux enfants, n'en avait pas!




VICTOR




Victor est “mon chauffeur de taxi”, enfin pas mon chauffeur particulier, mais celui que j'appelle quand je vais à Saint Domingue. Je l'ai connu par hasard, un jour où je cherchais un taxi, alors que tous me demandaient des tarifs exorbitants. Il est venu tout simplement et il m'a dit :
-Moi, je te prends le tarif normal, pas pour touristes.
Depuis, il est devenu notre ami. Je l'ai aidé un jour pour acheter des matériaux pour sa maison, sans qu'il ne me demande rien. Il m'a signé une reconnaissance de dette et me dit toujours qu'il a eu de la chance le jour où il m'a rencontrée. Je crois que, moi aussi, j'ai eu de la chance car il m'a souvent aidée par ses connaissances mécaniques et son expérience de Saint Domingue. Je sais pouvoir compter sur lui ( il est déjà venu nous chercher à la suite d'une panne à plus de 80 km de chez lui en pleine nuit). Ce qui me fait réfléchir quant à l'attitude de certains compatriotes... Enfin, peu importe. Victor est un type bien.
Étudiant en médecine pendant deux ans, il a dû pour des raisons financières et matérielles abandonner ses études. Il a d'abord été chauffeur de poids lourd, avant de pouvoir s'acheter une voiture (dont il est très fier malgré ses 25 ans d'âge) et devenir chauffeur de taxi. Il a maintenant 45 ans. Après un premier mariage mal terminé, il s'est remarié et a trois enfants, de 10, 7 et 4 ans qu'il élève du mieux qu'il peut et, comme quoi les moyens financiers ne sont pas primordiaux, qui sont très bien éduqués. Il s'en occupe beaucoup et j'essaie de les aider un peu. A chaque retour de voyage, je leur apporte des souvenirs, des frivolités sans doute, mais qui leur plaisent par leur aspect ludique. À la dernière rentrée scolaire, revenant de France, j'ai acheté des tee-shirts de Paris, des trousses colorées, des stylos amusants. Je donne ceci à Victor qui est venu nous chercher à l'aéroport et il me remercie en me disant :
-Ils vont partager.
Je lui réponds qu'il y en a pour chacun des trois.
-Mais j'en ai cinq, maintenant !
Je sais que la famille dominicaine est un peu flexible et extensible, mais je ne comprenais pas vraiment. En riant, je lui dis :
-Deux enfants cachés ?
-Non, me répond-il, avec un grand sourire, je vais t'expliquer. Mon beau-père qui avoisine les quatre-vingts ans a eu d'une jeune femme de trente ans, deux enfants. Elle est partie en laissant le petit garçon et la petite fille. Mon beau-père ne les a jamais scolarisés, ils les faisaient travailler dans les champs dans le campo. Il vient d'être hospitalisé et va entrer dans un asile. Les enfants étaient seuls. Ils sont venus à la maison. Tu comprends, je ne pouvais pas les laisser tomber, vivre seuls ou aller dans une institution ! Ils ont sept et cinq ans. C'est normal qu'ils viennent vivre avec nous.
Victor a une petite maison, des fins de mois difficiles, il aide sa mère, sa femme ne travaille pas pour s'occuper des enfants ! Il conclut avec un immense sourire plein de gentillesse :
-Quand il y en a pour cinq, il y en a pour sept. On se serre un peu.
J'ai vu les cinq enfants dans sa maison. Les deux nouveaux arrivés avaient l'air souriant, adaptés et adoptés. J'ai de leurs nouvelles souvent. Tout le monde va bien, Victor essaie de travailler un peu plus et est toujours aussi souriant et disponible.

Et moi je reste là, avec ma culpabilité, ma gêne face à eux, Rosemonde et Victor, et
 bien d'autres encore sans doute, qui me donnent une leçon de morale ou plus exactement une leçon de vie.
Pour me consoler de mon égoïsme, je vous demande, sincèrement :
-Et vous, qu'auriez-vous fait dans l'un ou l'autre cas ?




lundi 8 février 2016

ENTRECHATS SUR FACEBOOK






Comme tous les soirs, avant de m’endormir, je consulte mes mails et ma page Facebook. On ne sait jamais quel événement important peut se produire… Je me demande lequel d’ailleurs !!! Enfin, curiosité …ou addiction ?

Tiens, une demande d’ami,  Leo Mouch. Bizarre, ce pseudo. 
Je clique pour voir le profil. Pas grand chose… Une photo de lion dans la savane, une page intitulée « J’aime les tigres », avec quelques images de tigres dans la jungle, au repos ou en pleine course.
Curieuse comme toujours mais également réticente à accepter des amis inconnus, je regarde « À propos ».
Peu d’informations, naissance sans date, « à Paris sur les toits », précise l’auteur. Encore un original ! Études , « autodidacte », ce qui veut tout dire, centres d’intérêt, « moi, toi et un peu les autres ».
Décidemment, étrange comme profil !
J’ai pourtant envie d’en savoir plus. Je me rends sur son journal. Pour le consulter, il faut que j’accepte d’abord son invitation. Intriguée malgré tout, je me dis que, si son contact me déplaît, je pourrai toujours le bloquer ensuite.
Donc, clic « Confirmer ». J’attends quelques minutes et je retourne sur son journal. Là, surprise ! Je me vois en photo,  sous toutes les coutures, chez moi, en vacances, en ballade, dans mon lit. Un vrai délire que je ne comprends absolument pas. Il faut que j’en sache davantage sur cette intrusion dans ma vie privée et quotidienne. Je constate qu’il est connecté. Je vais lui écrire et lui poser quelques questions précises et pertinentes. Quel est donc ce voyeur qui semble me connaître au point de publier des photos de moi ?  Je les reconnais, elles sont dans mon ordinateur. Lumière ! Je comprends, j’ai été piratée par un pervers psychopathe, sans nul doute.

Je m’apprête cependant , avec une curiosité malsaine, à entamer le dialogue via Messenger quand, un petit éclair m’annonce qu’ il m’a devancée.

-Bonjour, ou plutôt bonsoir.

Avant que je ne lui réponde, décidée à le soumettre à la « question », il poursuit :

-Comment vas-tu, ce soir ?

De plus, il me tutoie…Non, mais, quel culot ! On n’a pas gardé les oies, ni quoique ce soit d’autre, ensemble. Ou j’ai oublié cet épisode !

-Ta journée n’a pas été trop fatigante ? Et la réunion avec les responsables de province s’est-elle bien passée ?

Ébahie, je ne lui réponds pas. Mais comment est-il au courant ? Non, ce n’est pas possible ! Ou plutôt, si. Quelqu’un que je connais se cache sous ce pseudo bidon et me fait marcher. Au fait, à qui ai-je parlé de cette réunion qui s’est décidée en catastrophe la veille ? À pas grand monde, me semble-t-il ! Si je réfléchis bien, à personne, puisque j’ai été avertie hier soir par un appel téléphonique chez moi. Je ne suis pas sortie ensuite, je n’ai appelé personne, ayant passé la soirée à marmonner toute seule contre cette information tardive et à préparer cette satanée réunion. 

Non, mais j’y pense ! C’est un collègue qui me fait une farce ! Lequel ou laquelle ? Mon adjointe ? Elle n’oserait pas… Encore que… cachée derrière l’anonymat de Facebook ! ! Mais je ne crois pas. On a fini tard ce soir, elle s’est dépêchée de rentrer chez elle car elle avait peur d’être en retard à la crèche pour récupérer son fils qui avait été déposé un soir au commissariat de police par la directrice du centre de garde furieuse d’avoir dû attendre trente minutes. C’est devenu sa terreur et le moindre retard la met dans des états pas possibles. 

Je n’ai pas d’enfant, mais je la comprends. Je n’aime pas rentrer tard à la maison et laisser mon chat tout seul. Je sais, on ne peut pas comparer.  Mais  j’ai alors l’impression de l’abandonner . Je pense parfois qu’il me le reproche. Il me semble voir dans ses yeux verts de la colère, qu’il manifeste en mettant un certain temps avant de venir me voir. Pour l’approcher, il faut que je l’appelle tendrement, que je lui explique les raisons de mon retard, oui, je sais, c’est ridicule….mais je me dis que personne ne me voit. Au bout d’un certain temps, il se décide à se lever, à s’étirer et à venir me saluer d’un feulement d’abord mécontent, avant de se frotter affectueusement contre mes jambes. C’est bon, on a fait la paix, on peut passer une soirée tranquille. 

Il est vrai, que, quand j’y pense, il est un peu exclusif, mon chat. Il n’accepte pas facilement mes amis, surtout les hommes. 

Toutes ces tergiversations sur mon beau matou ne résolvent pas le problème de l’identité de mon « nouvel ami Face Book» qui semble connaître bien des choses sur ma vie.
Je profite d’un « silence » de sa part pour glisser une petite phrase :
-On se connaît ?
Réponse immédiate :
-Oui. 
-Depuis longtemps ?
J’ai l’impression de jouer au jeu du chat et de la souris.
-Un certain temps.
-Mais on ne se voit plus ?
Silence !
-Je pense que vous avez piraté mon ordinateur dans lequel vous vous êtes procuré toutes mes photos. C’est un délit et je suis prête à porter plainte !
-Pas du tout. Ces photos sont disposées chez toi. Tiens, comme celle où tu es dans un jardin, entourée de bougainvilliers, d’hibiscus et d’orchidées.
Je me tourne vers la commode en pin blond installée près de la fenêtre de ma chambre. La photo décrite y est posée. Je souris dans ce jardin tropical de La Réunion où j’avais passé trois semaines l’hiver dernier.
-C’était bien, La Réunion ? Tu as beaucoup aimé, semble-t-il ! Mais tu es restée longtemps ! Trois semaines, n’est-ce pas ?
D’où tient-il ces informations ? Je réfléchis. J’ai parlé de ce séjour à tout mon entourage. N’importe laquelle de mes relations peut être au courant. Je ne suis pas plus renseignée sur l’identité de mon « ami ». Il faut que je continue mon interrogatoire car cette intrusion dans ma vie privée me déplaît fortement.
Il reprend la « conversation ».
-Tu avais parlé d’y retourner avec…Comment s’appelait-il déjà ? Le grand brun ! Tu sais, celui qui venait te rendre visite, parfois le week-end. Que lui est-il arrivé ? On ne le voit plus depuis un certain temps.
Jean-Michel ! Il a disparu, un jour, sans crier gare.  Nous nous entendions bien cependant. Quand je l’ai contacté pour lui demander la raison de son brutal silence, il m’a répondu que certaines photos étaient suffisamment éloquentes.  Étonnée, j’ai demandé de quelles photos il parlait, il a raccroché après avoir sèchement répondu : « Devine ». Je n’ai toujours pas compris. Depuis, plus de liaison durable. Il faut dire que mes dernières relations se sont plutôt mal terminées. J’ai parfois l’impression de jouer de malchance !
François, mon ami précédent,  a été renversé par une voiture en sortant de chez moi. Personne n’a compris la raison pour laquelle il s’est littéralement jeté sous l’autobus qui emprunte ma rue. Sa survie a tenu du miracle. Il est reparti vivre chez ses parents.
Vincent est tombé dans l’escalier en sortant de chez moi sans que l’on sache sur quoi il avait buté. Une très vilaine fracture du pied l’a laissé handicapé.
Puis ce fut le tour de Paul qui, se penchant à la fenêtre, a perdu l’équilibre et n’a dû sa survie qu’à un véritable miracle en se raccrochant à la balustrade du balcon de ma voisine.
Mon interlocuteur interrompt le fil de mes pensées.
-Vincent, François, Paul et les autres ? Le nom du dernier me revient. C’est Jean-Michel, n’est-ce pas ? Ils n’ont pas eu de chance, vraiment. Quant à Jean-Michel, quel sale curieux ! Regarder tes photos de famille. En fait,  tu te promenais simplement avec ton cousin !
Je ne comprends plus grand-chose. De quoi parle-t-il ? Que sait-il de ma vie ? J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Mais qui me surveille ? Je regarde mon ordinateur d’un œil soupçonneux. Cette machine ? Ou Facebook ? Allons, ma vieille, réagis et réfléchis. On n’est pas dans un film de science-fiction. Il doit y avoir une raison logique. Le Big Brother, c’est juste dans les livres et les films. Peut-être qu’un inconnu pénètre dans mon appartement quand je n’y suis pas ! Qui a les clés ? Ma concierge ! Non, c’est une vieille dame en qui j’ai confiance. Grimper les trois étages qui mènent chez moi n’est guère envisageable pour elle. Elle se contente de rester dans sa loge, de nous saluer en donnant le courrier et d’attendre les étrennes. Je ne la vois pas fouiller dans mes affaires, d’autant plus qu’elle a une phobie des chats dont elle m’a souvent parlé. Je n’ai pas de femme de ménage et aucun ouvrier n’est venu effectuer de réparations dans l’appartement depuis mon emménagement il y a bientôt quatre ans.
Alors qui ? Je passe en revue mon entourage. Ma meilleure amie ? Ma cousine ? Mon grand copain d’enfance ? La serveuse du petit restau chinois du coin ? La caissière du supermarché du quartier ? Non, stop ! Je deviens parano. Je dois réfléchir sereinement et logiquement. J’en reviens à une « cyber attaque »….Je sais, le mot est un peu fort. Je ne suis qu’un lambda sur Facebook, sans intérêt particulier, peu capable d’intéresser un hacker… mais avec tous les fous qui se promènent dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Si c’est vraiment un pro de l’informatique, comment m’en débarrasser ? Il a dû infecter mon ordinateur. Je vais devoir en changer. Financièrement, cela ne m’arrange pas vraiment en ce moment. Mais, tant pis, je me débrouillerai. Mais si c’est un vrai pro des « cyber-attaques », il va me retrouver. Je me sens perdue. A qui puis-je m’adresser pour trouver de l’aide ? Mon cousin, celui dont mon « ami Facebook » me parlait, est un excellent informaticien. Je vais le contacter et lui exposer mon problème. Il va m’aider. Je vais lui envoyer un mail, non lui téléphoner. C’est plus prudent au cas où mon ordinateur soit infecté. Son numéro, où l’ai-je mis ? Je cherche dans mes contacts.
-Cousin, cousin ! A quel nom t’ai-je mis ?  Frédérique ? Cousin ? Moret ?
Voilà que je parle toute seule.
Ting ! Un message.
-Tu le trouveras dans le groupe Famille. Tu as oublié ?
Je regarde, ébahie, l’écran où s’affiche le message de Leo Mouch. Mécaniquement, je vais dans le groupe Famille de mes contacts et j’y trouve « Cousin Frédérique ».
Je me mets à fixer mon ordinateur d’un œil inquiet et soupçonneux. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas ! Cette machine m’espionne. J’ai l’impression qu’elle lit dans mes pensées. Je suis en plein cauchemar. Je ferme les yeux.

Il fait frais, je frissonne et cette sensation de froid me réveille. Je me suis endormie avec l’ordinateur éclairé sur mon lit, lumière blafarde, mais rassurante. 

Tout cela n’est qu’un mauvais rêve. 
Promis, finie la consultation d’internet, de mes messages, de mes mails et de Facebook le soir, dans mon lit, avant de m’endormir. 
Cet épisode angoissant me perturbe encore. Je vais revenir à la lecture d’un bon livre classique, bien calée dans mes oreillers.

-C’est plus sage, n’est-ce pas, Leo ?, dis-je en m’adressant à mon chat, installé au pied de mon lit.
Il semble approuver, en plissant ses yeux verts.
Ma nuit se termine plus paisiblement. Le lendemain, j’ai pratiquement oublié ce mauvais rêve. Je me prépare rapidement, avale en vitesse un café et me dirige vers la porte, quand un miaulement me rappelle à l’ordre. J’ai oublié de donner à Leo son bol de lait et ses croquettes.
-Désolée, mon grand. J’ai eu une nuit agitée.
Il me regarde et j’ai l’impression qu’il sourit ironiquement.
Décidemment, j’ai trop d’imagination. Je verse le lait dans sa tasse et remplit sa gamelle de croquettes. Il les regarde et se détourne.
-Oui, je sais, je n’ai pas trouvé ta marque. Je t’en rapporterai ce soir. Après tout, si tu as faim…
Il me tourne le dos et va s’installer sur mon fauteuil qui est devenu le sien maintenant.
-Je dois y aller. A ce soir !
Je claque la porte, dévale les escaliers en négligeant l’ascenseur comme le recommandent toutes les revues féminines. Dans la rue, je jette un coup d’œil sur ma fenêtre, j’y vois Leo qui semble me surveiller et disparaît. Mon téléphone vibre. Je décroche sans regarder le numéro d’appel.
J’entends une voix bizarre qui me dit :
-Tu ne rentres pas tard ce soir ! Surtout après la drôle de soirée que tu as passée…


J’écarte le téléphone de mon oreille et regarde le numéro d’appel. C’est mon numéro. Je lève les yeux et vois Leo qui semble me faire un petit signe de la patte…
 

samedi 6 février 2016





Mon petit ange,


Je pense souvent à toi, le petit ange parti si brusquement et beaucoup trop tôt, avant même d'avoir commencé à essayer de vivre !

A priori, tu n'es ni mon enfant, ni ma petite-fille, juste le bébé de ma jeune voisine, que j'ai vu naître et surtout sourire depuis sa naissance.

Je t'ai vue grandir dans le ventre de ta maman, dont j'osais parfois effleurer le ventre, comme on le fait si souvent, je le faisais timidement, tant ce geste me paraît intime. Mais ta maman, si menue, si douce, était si fière de son ventre arrondi.

Quand tu es née, j'étais très contente de t'offrir un petit pyjama et quelques chemisettes. Je n'oubliais pas une petite voiture pour ton grand frère, jaloux de ta nouvelle présence.

Depuis ta naissance, je ne t'entendais jamais pleurer, c'est pour cela que je disais à ta maman que tu étais un ange. Je t'appelais “Mi angelita” !


Et puis, avec ta maman et ses deux enfants, même si nous n'étions pas souvent là, on s'est un peu mieux connu. Les relations de voisinage sont souvent les plus durables. Je l'ai invitée à venir passer quelques jours à la maison. Elle hésitait, n'osait pas. On se connaissait peu, nous étions des étrangers. Finalement, notre premier lien de connaissance est passé par Émilia, notre petite chihuahua, qui attirait, en dépit de son mauvais caractère, ton grand frère. Et un jour, nous avons dû venir dans notre petit appartement en ville avec notre chien fou, Charlie, qui s'est révélé le grand copain de ton grand frère. Et toi, mon ange, tu souriais toujours. Je me souviens de la petite robe que je t'ai offerte un jour. Tu n'as, je crois, pas eu le temps de la porter.

Et vous êtes venus, ta maman, ton grand frère et toi, passer quelques jours à la maison. Notre maison avait jusque là peu résonné de cris d'enfant, car nos enfants sont de jeunes adultes qui n'ont pas d'enfants. Je ne dis pas de pleurs car je ne t'ai jamais entendu pleurer. Il ne me reste que ton sourire, rayonnant, qui me poursuit. Durant ces jours heureux, tu as connu la plage, tu es allé au concert de Noël dans une église, au restaurant, te promener dans le campo, toujours avec ce magnifique sourire ! Pas de pleurs, ni à la maison, ni en voiture, ni dans ta poussette.

Qui donc a été jaloux de ton aptitude au bonheur ? Pourquoi toi et pas un autre ? Sans réponse.

On prévoyait d'autres balades, d'autres séjours, je disais que tu étais ma petite-fille par adoption puisque je n'en ai pas.

Noël et la nouvelle année se passent. Je choisis vos cadeaux avant de retourner dans notre petit appartement de la ville. Pour toi, un nounours tout doux en peluche.

Juste avant notre arrivée, ta maman m'envoie un message comme quoi tu sembles avoir la dengue et que, par précaution, pour faire quelques analyses, tu viens d'être hospitalisée, dans l'hôpital le plus connu de l'île. La dengue, je connais. J'ai souffert d'une dengue grave, il y deux ans. J'ai été longuement hospitalisée, ici, puis en France. J'ai mis plus d'un an à récupérer.
Cela m'inquiète, mais tes parents sont confiants. On va te voir, au service de soins intensifs pédiatriques, enfin, on voit ta maman, qui va rester là, sur une chaise, dans le couloir de l'hôpital pendant une semaine. On passe la voir, juste pour lui dire qu'on est là. Elle me demande de prier et moi qui ne suis pas croyante, me voilà dans la cathédrale à chercher une bougie que je n'ai pas trouvée pour l'allumer pour toi.

Ton papa qui passe tous les jours nous donne des nouvelles, on attend le jour suivant qui doit être décisif, puis le suivant, et encore le troisième jour...
Je finis par comprendre, lors de ma dernière visite à l'hôpital, en parlant avec ta maman qui continue à vouloir croire et espérer, c'est normal, c'est tout son amour qu'elle exprime, je comprends au bout de cinq jours que tu es déjà loin de nous, encore reliée à la vie par de nombreux tuyaux mais....

Je suis obligée de repartir chez moi, dans ce campo où tu es venue il y a quelques semaines et que tu regardais avec ton sourire rayonnant comme tu regardais tout dans la vie.

Je me lève ce vendredi de bonne heure et trouve un message oral envoyé la nuit par ta maman qui m'explique que tu vas aller mieux, qu'elle a parlé avec un médecin qui, comme moi, ne croyait pas et qui l'avait assuré que je deviendrais croyante grâce à toi, Emma. Je venais d'écouter ce message quand une petite sonnerie m'avertit d'un nouveau message :

“Emma esta con Dios”

Ma première réaction est de dire “Non”, un non inutile, suivi d'un “Pourquoi ?”
Il n'y a pas de réponse, il n'y a que l'injustice.

J'admire ta maman qui, avec sa foi, m'explique que Dieu l'a voulu ainsi, qu'il t'a donnée à elle et t'a reprise. J'admire son courage qui lui permet de continuer à vivre. Elle veut que ton si rapide passage parmi nous serve à d'autres enfants, en particulier à ceux qui n'ont pas accès aux soins. Elle se démène pour monter son association :

“No mas Emma”

Elle me dit :”Tu seras la marraine de mon prochain bébé”.

Et moi, je vois toujours ton sourire lumineux, Emma. Tu resteras mon angelita !

lundi 4 janvier 2016

LIVRE DE RECETTES FACILES ET CONVIVIALES !

Parce que cuisiner doit rester un plaisir partagé,

Un nouveau livre de recettes à télécharger pour moins de 3€

Partagez, régalez-vous et régalez les autres !!!

http://www.amazon.fr/MES-RECETTES-PARTICULI%C3%88RES-PLAISANTE-ORIGINALE-ebook/dp/B01A61X5SQ/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1451956524&sr=8-2&keywords=vietti+letoille


vendredi 20 novembre 2015

UN ÉTÉ CRIMINEL [Format Kindle]

Dominique VIETTI-LETOILLE 
A télécharger sur Amazon.fr et à lire....avec plaisir!!!!

LES ERRANTS

LES ERRANTS


L’humanité s’est toujours déplacée. En dépit de ce que résume trop brièvement

l’Histoire, ses déplacements , à l’échelle du temps humain, sont lents. Il n’y a guère de

véritables invasions, si l’on excepte les guerres et batailles ponctuelles.

Les déplacements de populations, plus ou moins volontaires, sont généralement

liés à la surpopulation d’une région qui ne peut plus nourrir ses habitants. C’est le cas de

la colonisation grecque du bassin méditerranéen.

 Les arrivées des Germains dans l’empire romain se font sur un temps assez long

et sont liées à la pression des peuples asiatiques que de mauvaises récoltes et la faim

poussent sur les routes vers l’Occident où les richesses du monde romain les attirent.

Les contacts entre ces peuples aux civilisations différentes se sont étalées dans le

temps et ce n’est que leur éloignement temporel qui nous fait dire maintenant qu’il y eut

mixité de peuples et de civilisations et nous permet de parler de mondes gréco-romain

ou gallo-romain.

            Certaines conquêtes d’essence religieuse se sont faites en apparence rapidement.

C’est le cas de la conquête musulmane.

Mais revenons à des dates plus précises.

À la mort du prophète Mohamed en 632, militairement l’Islam a fait la conquête

de la plus grande partie de la péninsule arabique qui est quasi désertique et peuplée de

tribus nomades désunies et éparpillées.

            Les Omeyades donnent sa plus grande dimension à l’empire musulman en faisant

la conquête de l’Orient perse, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, conquête qui

s’achève au milieu du VIIIème siècle, donc plus de cent ans après la formation du

premier territoire musulman. Malgré des méthodes militaires et religieuses efficaces et

l’incorporation des nouveaux conquis à l’armée existante, comme le faisaient déjà les

Romains, on sait que cette conquête n’a pas été une belle ballade tranquille. Les batailles

sanglantes ont fait de nombreuses victimes, la conversion à l’Islam s’est faite

difficilement. La Kahina, princesse berbère célèbre, s’est opposée militairement à

l’islamisation de la Berbérie et a préféré se donner la mort que se convertir. Les Gens du

Livre, Juifs et Chrétiens,  protégés par le Coran, sont restés nombreux dans l’empire

Musulman, qu’il soit arabe ou turc.

            L’occupation de l’Amérique s’est étalée sur plusieurs siècles. Les conquêtes

rapides des conquistadores ne sont que des batailles gagnées mais la colonisation et

l’occupation accompagnées de l’évangélisation des populations amérindiennes  se font

sur des siècles. On peut se demander dans quelle mesure ce mouvement est vraiment

achevé !

            Le melting-pot nord américain, pourtant vieux de plusieurs générations n’est

souvent qu’une juxtaposition de modes de vie différents, souvent cantonnés dans des

 quartiers particuliers, conservant leur us, coutumes et cuisines… et dont les membres

restent souvent entre eux. On commence à peine à voir émerger une certaine mixité ,

surtout dans les classes plus favorisées.

            L’homme a besoin de temps pour s’acculturer, s’insérer dans un monde et une

civilisation étrangers. Les raccourcis de l’Histoire ne doivent pas nous tromper.

L’homme reste l’étranger errant pendant plusieurs générations. Sans racines, sans

repères, il est la proie facile de mouvements extrémistes politiques ou religieux.

 Le nihilisme politique révolutionnaire russe de la fin du XIXème siècle prônait le

terrorisme politique et attirait une jeunesse en mal de spiritualité et de liberté.

La » propagande par le fait » des anarchistes du XIX encourage également le

sabotage, le terrorisme et la guérilla et intéresse une jeunesse révolutionnaire dont le

 but revendiqué de révolution politique autorise toute forme d’action violente.

            La violence gratuite est la forme d’expression de ces errants déboussolés qui ne

savent pas exprimer autrement leur mal-être. C’est le terreau de toutes les sectes qui

promettent tout, tout de suite à des esprits mal formés, déformés par le bourrage de

crâne d’idées simplistes, qu’on a mâchées pour eux.

            On en fait des kamikazes, des assassins, prêts à gober toutes les paroles de

gourous dont le but est la soif de pouvoir et de richesses. Ces sicarios, cette chair à

canon, malléables et tuables à merci, sont envoyés pour semer la terreur dans un monde

qui leur reste étranger et dans lequel ils n’ont pas su ou pu s’insérer. Les promesses

ubuesques d’un monde meilleur, de miel et de fraîcheur…., les attirent aussi sûrement


que la lumière attire le papillon de nuit qui meurt quand le soleil se lève.

vendredi 3 août 2012

VACANCES D'ENFANT OU RÊVES DE VACANCES




LA CROISIÈRE


Ce soir,je n’ai pas envie d’une longue histoire pour aller au lit.Maman passera bien sûr pour raconter son histoire.Pour une fois,j’espère qu’elle sera courte.Je l’écouterai pour lui faire plaisir.Je suis sûre qu’elle aura imaginé(car elle les invente, ses histoires)un récit court,car elle aussi,elle doit préparer les vacances,et pas n’importe lesquelles:on part en croisière.
            Oh,ce ne sont pas mes premières vacances.J’ai huit ans et des vacances,j’en ai connu, chez mes grands-parents,à la campagne,à la mer.On a même pris l’avion pour aller en Tunisie. J’avais six ans et je m’en souviens.Mais cette année,c’est différent.On part en croisière,sur un grand bateau,m’a dit papa,avec des piscines,des toboggans,des jeux,une vraie cabine avec un hublot qui donne sur l’eau,des chaises longues des salons,des salles à manger immenses où on pourra un soir partager la table et le repas du commandant.
            On n’a pas gagné au loto.Papa, qui travaille pour une société d’assurances, a tellement bien travaillé cette année,qu’on lui a offert cette croisière,«en mer Egée»,m’ont précisé mes parents,là où il y a plein d’îles,de villes à visiter.Dès qu’ils ont su que nous allions participer à une croisière,mes parents m’ont inscrit à un cours de natation à la piscine.C’était la condition absolue pour que je parte avec eux:je devais nager«comme un poisson dans l’eau»,disait mon grand-père,pour qui un bateau,sur l’eau et à l’étranger, était source de tous les dangers.
            Je peux vous dire que j’y ai mis toute mon énergie,plus que pour le cours de maths que je subis tous les mardi soir.La piscine,j’y allais deux fois par semaine.L’eau,les plongeons,le crawl,la brasse n’ont plus de secrets pour moi.Le maître-nageur était étonné,même qu’il a dit à maman qui a tourné la tête sans répondre:
            -Vous l’avez fait dans l’eau?
            J’en ai parlé à tous les copains à l’école.Ils m’enviaient tous,surtout que j’en rajoutais un peu,leur décrivant un paquebot superbe,comme le«Queen Elisabeth II»que j’avais vu à la télévision,ou les grands yachts qu’on nous montre parfois dans Thalassa.Seul Thibaut, qui a toujours tout fait,jouait le blasé.Il avait fait une croisière avec ses parents en Méditerranée.Je lui ai fait avouer qu’ils longeaient les côtes,s’arrêtaient souvent pour visiter et que c’était plein de vieux d’au moins 30 ans.D’accord,un peu comme mes parents,mais ils font plus jeunes,tout le monde le dit.Je ne lui ai surtout pas avoué que c’était le bureau de papa qui nous offrait cette croisière,non pas parce que j’avais honte.J’étais même fier que papa ait été désigné comme un des meilleurs de l’entreprise(je sais qu’ils étaient cinq à partir).Mais je connais Thibaut,il aurait fait une réflexion désagréable dans le genre:
            -Ah, mais c’est une promo!comme avec certains paquets de lessives.
            Ça,je ne l’aurais pas supporté et on se serait encore battu.C’est déjà arrivé et,comme il est allé raconter en pleurnichant à la maîtresse que je l’avais sauvagement agressé,j’ai été privé de recréations pendant quinze jours et,Maman ayant été prévenue,elle y a ajouté la copie des tables de multiplication.
            Donc,la croisière dans les îles,ce sont nos vacances et ça époustoufle tout le monde,même ma cousine de onze ans qui aurait bien voulu venir.Mais c’était impossible,seuls le gagnant et sa famille proche pouvaient y participer.D’accord,Bérénice habite la même rue,mais ce n’est pas la famille proche dans le sens où le bureau l’entend.Sinon,des volontaires,il y en aurait eu plein le bateau. Nous partons,Papa,Maman et moi,et comme dit Maman:
            -Quinze jours tranquilles,ça va nous faire du bien,surtout que tout est payé!
            Ça,c’est plutôt une bonne nouvelle.Plus besoin de pleurer pour avoir un coca-cola,une glace ou un gâteau,plus besoin de regarder le prix des desserts(ce sont toujours les plus chers,les meilleurs).Je pourrai aller à la piscine sans payer,jouer au foot.D’ailleurs, je crois que je ne vais pas prendre d’argent de poche.Peut-être pour quelques souvenirs pour mon grand copain Paul et aussi pour leur prouver que j’ai bien voyagé dans les îles.J’achèterai un truc«Souvenir de ».Je sais que papy me dit que tout ça vient de Chine,mais ce n’est pas grave.Les Chinois,en fonction des îles où ils envoient leurs marchandises,ils écrivent leurs noms D’ailleurs,comme je dis à Papy,
            -Ta télé,elle a peut-être une marque française,mais elle est faite en Chine comme la casserole de la cuisine ou la robe de Mamy!
            Il grommelle,en hochant la tête,quelque chose comme:
            -Dutronc avait raison.
            Je ne comprends pas bien,mais il sait comme moi que j’ai raison.
            Revenons à mes vacances et à ma croisière.J’ai préparé ma valise,enfin,Maman m’a aidé.Je ne sais pas pourquoi elle a tenu à y mettre un pantalon blanc,du genre qui se salit juste en le regardant,une chemisette bleu ciel et des mocassins bleu marine neufs,type«bateau».
            -C’est pour le repas avec le commandant.
            -Pas tous les soirs?
            -Non,au moins une fois,peut-être deux.
            -Les autres soirs,on peut manger normalement?
            -Oui, mais tu dois être un minimum élégant.
            Moi,élégant?Elle plaisante.
            -N’exagère pas,lui dit papa.Ce sont les vacances.Un peu de décontraction!Moi qui suis en costume-cravate-chemise toute l’année,j’ai bien l’intention de décompresser.
            J’ai profité de leur discussion pour rajouter au fond de ma valise,sous le pantalon blanc, deux bermudas,trois shorts,deux tee-shirts«Dissidence»,mon club de trottinettes préféré,mes tongs et un vieux maillot.J’ai recouvert le tout avec les habits d’apparat,ma serviette de plage délavée et mon doudou,un vieux nounours brun devenu chauve par endroits,à la patte recousue et à l’oreille en pointe,ce qui n’est pas logique pour un ours.Mais c’est le jour où Charlie,notre chien,a décidé que c’était aussi son doudou et l’a enterré dans un coin du jardin.Je n’ai pas dormi pendant deux nuits avant de le retrouver et je n’ai plus parlé à Charlie pendant une semaine.Puis on est redevenus copains,surtout qu’il est sympa pour manger le gras du jambon que je n’aime pas ou le steak que je n’ai pas envie de finir.Il mange tout,même qu’il a parfois tendance à se servir.D’ailleurs,Charlie,pour la croisière,a été un problème.On l’emmène partout.Je voyais le moment où on renonçait « aux îles » pour lui. Finalement,Bérénice et ses parents se sont proposé pour le garder«à condition qu’il ne fasse pas de bêtises».Ça,ils verront.Nous serons déjà sur le bateau dans les îles.Après tout,on a gardé leur tortue.C’était pour les sports d’hiver et elle hibernait,mais il fallait tout de même vérifier qu’elle ne s’était pas trompée de saison comme cela lui était arrivé une fois,elle était sortie en plein mois de janvier.Cette année-là, pas de problème.
            Donc,Charlie déménagera pour 15 jours quelques maisons plus loin.À mon avis,ils vont souvent venir le chercher dans notre jardin,une chance encore s’il n’a pas la tortue dans la gueule.
            Maman entre dans ma chambre:
            -En forme,Cédric? Il faut que tu dormes bien cette nuit.Demain matin, nous prendrons le train jusqu’à Nice où nous attend notre bateau.Nous embarquerons le soir même et on commencera la navigation de nuit.Tu n’as pas peur, j’espère?La mer,la nuit,c’est impressionnant.
            Maman,n’est-ce pas plutôt toi qui appréhendes ce premier contact?Moi,j’ai la tête pleine de bleu,d’îles,de corsaires,de vagues.Une tempête pour raconter aux copains?Ou un petit naufrage? On deviendrait des Robinsons,juste pour quelques jours,on nous retrouverait vite car je n’ai pas envie de vivre sans mes copains,ma maison,mon papy,ma mamy,mon Charlie.Peut-être même que Bérénice et Thibaut me manqueraient !Juste une petite aventure qui n’effraierait pas trop Maman,car je n’aime pas quand elle a peur!Elle risque de pleurer et je ne le supporte pas.
            Elle est tellement bouleversée que je me demande si elle ne va pas oublier l’histoire.Elle n’a pas oublié,mais c’est une histoire vite fait de petit garçon qui piquait des pots de confitures qu’il remplissait d’eau,qui s’est fait attraper et qui,après une punition qui consistait à copier les tables de multiplication,(Maman n’est pas originale,ce soir)promit de ne pas recommencer.Je crois d’ailleurs qu’elle m’a déjà raconté cette histoire.Ce n’est pas grave.J’ai envie de fermer les yeux et de partir en croisière.
Le bateau s’éloigne du quai,toutes voiles dehors.Accoudés au bastingage,Papa, Maman et moi regardons la terre s’éloigner.Des mouettes nous accompagnent de leurs piaillements et de leurs grandes ailes blanches.Des mouettes rieuses de Gaston Lagaffe ou des pélicans?
            -Tu vois,me dit un marin,on ne les reverra plus jusqu’à ce qu’on touche terre.
            -Jusqu’à la prochaine île?
            Il me regarde bizarrement.
            -Si tu veux, mon garçon!
            Il est drôlement habillé,ce marin,pas très propre,pieds nus,un vieux pantalon déchiré,un pull troué,un bandana sur la tête.Il a un grand couteau coincé dans son ceinturon.Peut-être pour couper les gros cordages qu’il tire sans gants,pour les enrouler autour de gros cylindres de bois.C’est une reconstitution,ce bateau!Et Maman qui m’a fait prendre de beaux habits.Il ne mangera pas à la table du capitaine,ce marin,ni les autres,car ils sont tous semblables.
            Je demande à mes parents si je peux visiter et me dépêche de m’éloigner avant qu’ils ne réfléchissent trop.Maman hésite et interroge papa:
-Tu crois qu’il n’y a pas de risque?
-Mais non,il sait nager.C’est l’aventure,pour une vie nouvelle.
            Je pars en courant sur le pont en bois que des marins frottent avec plus ou moins d’énergie.Avec étonnement, j’en vois un qui doit être à peine un peu plus âgé que moi.Je le regarde travailler et lui demande:
            -Qu’est-ce que tu fais?
            Il me dévisage comme un demeuré et répond :
            -Tu vois bien,je nettoie le pont.
            -Et tes parents?
            -Ils sont restés au village.C’est ma première traversée comme mousse Comme mon père et mes frères l’ont fait.Tu fais partie des passagers ?
            J’ignorais qu’il y avait des mousses aussi jeunes.
            -Oui,nous sommes en croisière.
            -En quoi ?
            -En croisière,vers les îles.
            - Vers les îles?Ben,on n’est pas encore arrivé!
            -La croisière ne dure que quinze jours.
            -Quinze jours?À moins d’un sérieux coup de vent et que cette vieille coque tienne le choc.Ça m’étonnerait qu’on mette quinze jours.
            Je ne comprends pas grand-chose à ce qu’il me raconte,mais si les vacances doivent durer plus de deux semaines,tant mieux.Je ne vais pas en parler à papa et maman car ils s’inquiéteraient.Ils ont prévu de passer une semaine chez papy et mamy et veulent faire quelques travaux dans la maison.
            -Je peux visiter?
            -En tant que passager qui a payé,tu peux te promener.Fais attention à ne pas te prendre les pieds dans un cordage ou tomber dans la cale.Si le commandant veut bien,dès que j’ai fini, je te rejoins.Je te ferai connaître des trucs que tu n’as jamais dû voir.
            Je le trouve un peu fanfaron.Il vient de me dire que c’est son premier voyage.
            Je passe la matinée à visiter ce qui me paraît plus un vieux rafiot qu’un bateau de croisière.Ils n’ont pas dû payer trop cher,au bureau de papa.Un peu plus, on devrait nettoyer! Une cloche annonce l’heure du repas.Je me précipite, manque m’étaler et me retrouve dans une salle qui sent le vieux bois avec,dans mon assiette,de la soupe épaisse,accompagnée d’une miche de pain.En cherchant bien,il y a un morceau de viande perdue au fond de l’assiette.Je regarde mes parents,ils mangent tranquillement en discutant avec le commandant dont le costume ressemble à ceux des aventures de Jules Verne.Dans quelle galère s’est-on mis?J’ai eu beau chercher,ni piscine,ni minigolf, ni distribution de glace et gâteau        Et Maman qui ne dit rien, qui minaude presque avec le second et qui ne réagit même pas quand un marin surgit en criant :
            -La vigie signale Corsaires à tribord!
            Sans se précipiter,le commandant sort de table et revient un moment après en disant:
            -Pas de risque!Je les connais,c’est mon frère qui les dirige.Ils nous laisseront passer.
            En effet,un coup de canon de chaque navire,on se salue et on passe.
            Le repas terminé,sans dessert, je cherche un coin d’ombre et m’installe comme je peux dans un cordage inconfortable où je finis par m’endormir,accablé de fatigue et sans même chercher à comprendre les évènements étranges autour de moi.
            Une main me secoue doucement,tandis que la voix de maman m’appelle:
-Cédric,Cédric,tu n’as pas entendu le réveil.Lève-toi.Notre train part dans un peu moins de deux heures.C’est Marc, le père de Bérénice qui nous accompagne.Allez, dépêche-toi.
            Je m’assois dans mon lit, me frotte les yeux, regarde autour de moi Je suis bien dans ma chambre,Je fixe mon oreiller:
            -Quelle croisière a-t-on fait tous les deux!
            Dans le train qui nous mène à Nice,je somnole,laissant mes parents discuter de leurs futures vacances.En sortant du taxi qui nous mène de la gare au port,je me retrouve face à plusieurs énormes paquebots blanc rutilant,entourés d’une foule de gens.Les plus chanceux en regardent les noms et,face au« Rêves de vacances»,papa s’écrie:
            -C’est le nôtre!
            Nous franchissons la passerelle et,menés par une hôtesse souriante,nous dirigeons en empruntant de longs couloirs moquettés, vers notre cabine.
            -Comme je l’imaginais,s’écrie Maman, aux anges.Nous allons passer des vacances merveilleuses, n’est-ce pas Cédric?
-Oui,Maman, et je pense à mon petit mousse, à mon pont de bois, à mes pirates frères.J’ai rajouté dans ma valise le pistolet et l’épée de mon habit de corsaire et«Le guide de la survie dans la jungle».On ne sait jamais !