dimanche 17 juillet 2016

Pour changer des habitudes, de temps en temps, une petite critique littéraire pour des livres qui m'ont plu, qui m'ont touchée ou simplement divertie.

Récents ou moins récents, peu importe!
Juste un partage de lecture.

Chapitre inaugural avec un roman à peine sorti et déjà à succès :

Stéphanie PELERIN

"Presque jeune, presque jolie et de nouveau célibataire"


Bridget Jones à la française!
Un roman léger et croustillant, qui se déguste avec plaisir et facilité. Une bonne idée pour oublier la morosité ambiante et sourire...On se retrouve dans bien des détails et c'est pour ça qu'on est content(e) de le lire....

vendredi 11 mars 2016

ROSEMONDE et VICTOR


Deux petites histoires vraies et courtes pour nous remettre les idées en place ! On en a besoin de temps en temps !


ROSEMONDE


J'ai depuis plusieurs années une employée de maison qui m'apporte une aide précieuse pour s'occuper de ma sœur, âgée et handicapée.
C'est une femme de 35 ans, haïtienne, avec, comme tout le monde, ses qualités et ses défauts . Si je râle souvent après sa nonchalance, j'apprécie, contrepartie de celle-ci, sa patience et sa gentillesse. Immigrée en République Dominicaine depuis une quinzaine d'années, on peut considérer qu'elle a réussi son immigration. Elle a une situation administrative en règle, un emploi stable, a appris à lire et écrire et possède une petite “casita” où elle héberge, bon gré, mal gré, de nombreux membres de sa famille ou de son village.
Elle a trois enfants, enfin deux dont elle est la mère biologique, et une troisième que son mari lui a ramené tout bébé, fruit de sa relation avec une autre femme, et qu'elle élève depuis l'âge de deux mois. C'est son fils aîné exactement au même titre que les autres. Ce fut un premier étonnement pour moi quand elle me l'apprit! Elle lui a même demandé de retourner chez sa vraie mère alors que celle-ci était malade et mourante pour qu'il la voit et s'en occupe. Il est revenu chez sa “maman” après le décès de sa mère .
Ce matin donc, elle m'explique qu'elle a un bébé. Devant mon étonnement, elle me décrit avec son vocabulaire, la situation suivante :
Le fils d'une de ses cousines, qu'elle héberge plus ou moins, vivait avec une jeune femme qui a accouché il y un mois et qui est décédée peu après l'accouchement d'une éclampsie. Son conjoint, ne voulant pas le bébé, a déclaré que ce n'était pas son enfant et a signé un document confirmant ceci auprès de la justice . Donc enfant haïtien en République dominicaine, non déclaré (il y a juste la facture médicale de l'hôpital d'accouchement), sans nom ni prénom, orphelin et abandonné ! On sait que le sort des bébés abandonnés dans le monde est difficile, mais imaginez un bébé haïtien orphelin abandonné en République Dominicaine ! Inextricable et un sort des plus précaires.
Rosemonde a donc décidé de se rendre à la “fiscalia”, organisme de justice locale, pour en demander la garde et, si possible, l'adoption. Devant mon air hébété et incrédule, elle m'a simplement dit : “C'est bien, je n'ai pas de fille ! Je l'ai appelée Roseta, un peu comme moi. Tu comprends, je ne peux pas la laisser, c'est ma famille”. Elle était souriante et heureuse d'avoir une petite fille. Elle m'a expliqué qu'elle s'arrangeait pour que sa voisine la garde pendant qu'elle venait travailler chez moi.
Je me suis sentie mal à l'aise, très mal à l'aise. Honteuse de me dire que je ne pense pas que j'aurais agi ainsi, alors que j'en aurais eu plus la possibilité qu'elle, honteuse de mon égoïsme, de mes humeurs , de mes questions existentielles alors que Rosemonde venait de me donner une leçon de vie, tout simplement. Son mari, jardinier, est très heureux, m'a-t-il dit, d'être le papa d'une petite fille, lui qui, malgré ses nombreux enfants, n'en avait pas!




VICTOR




Victor est “mon chauffeur de taxi”, enfin pas mon chauffeur particulier, mais celui que j'appelle quand je vais à Saint Domingue. Je l'ai connu par hasard, un jour où je cherchais un taxi, alors que tous me demandaient des tarifs exorbitants. Il est venu tout simplement et il m'a dit :
-Moi, je te prends le tarif normal, pas pour touristes.
Depuis, il est devenu notre ami. Je l'ai aidé un jour pour acheter des matériaux pour sa maison, sans qu'il ne me demande rien. Il m'a signé une reconnaissance de dette et me dit toujours qu'il a eu de la chance le jour où il m'a rencontrée. Je crois que, moi aussi, j'ai eu de la chance car il m'a souvent aidée par ses connaissances mécaniques et son expérience de Saint Domingue. Je sais pouvoir compter sur lui ( il est déjà venu nous chercher à la suite d'une panne à plus de 80 km de chez lui en pleine nuit). Ce qui me fait réfléchir quant à l'attitude de certains compatriotes... Enfin, peu importe. Victor est un type bien.
Étudiant en médecine pendant deux ans, il a dû pour des raisons financières et matérielles abandonner ses études. Il a d'abord été chauffeur de poids lourd, avant de pouvoir s'acheter une voiture (dont il est très fier malgré ses 25 ans d'âge) et devenir chauffeur de taxi. Il a maintenant 45 ans. Après un premier mariage mal terminé, il s'est remarié et a trois enfants, de 10, 7 et 4 ans qu'il élève du mieux qu'il peut et, comme quoi les moyens financiers ne sont pas primordiaux, qui sont très bien éduqués. Il s'en occupe beaucoup et j'essaie de les aider un peu. A chaque retour de voyage, je leur apporte des souvenirs, des frivolités sans doute, mais qui leur plaisent par leur aspect ludique. À la dernière rentrée scolaire, revenant de France, j'ai acheté des tee-shirts de Paris, des trousses colorées, des stylos amusants. Je donne ceci à Victor qui est venu nous chercher à l'aéroport et il me remercie en me disant :
-Ils vont partager.
Je lui réponds qu'il y en a pour chacun des trois.
-Mais j'en ai cinq, maintenant !
Je sais que la famille dominicaine est un peu flexible et extensible, mais je ne comprenais pas vraiment. En riant, je lui dis :
-Deux enfants cachés ?
-Non, me répond-il, avec un grand sourire, je vais t'expliquer. Mon beau-père qui avoisine les quatre-vingts ans a eu d'une jeune femme de trente ans, deux enfants. Elle est partie en laissant le petit garçon et la petite fille. Mon beau-père ne les a jamais scolarisés, ils les faisaient travailler dans les champs dans le campo. Il vient d'être hospitalisé et va entrer dans un asile. Les enfants étaient seuls. Ils sont venus à la maison. Tu comprends, je ne pouvais pas les laisser tomber, vivre seuls ou aller dans une institution ! Ils ont sept et cinq ans. C'est normal qu'ils viennent vivre avec nous.
Victor a une petite maison, des fins de mois difficiles, il aide sa mère, sa femme ne travaille pas pour s'occuper des enfants ! Il conclut avec un immense sourire plein de gentillesse :
-Quand il y en a pour cinq, il y en a pour sept. On se serre un peu.
J'ai vu les cinq enfants dans sa maison. Les deux nouveaux arrivés avaient l'air souriant, adaptés et adoptés. J'ai de leurs nouvelles souvent. Tout le monde va bien, Victor essaie de travailler un peu plus et est toujours aussi souriant et disponible.

Et moi je reste là, avec ma culpabilité, ma gêne face à eux, Rosemonde et Victor, et
 bien d'autres encore sans doute, qui me donnent une leçon de morale ou plus exactement une leçon de vie.
Pour me consoler de mon égoïsme, je vous demande, sincèrement :
-Et vous, qu'auriez-vous fait dans l'un ou l'autre cas ?




lundi 8 février 2016

ENTRECHATS SUR FACEBOOK






Comme tous les soirs, avant de m’endormir, je consulte mes mails et ma page Facebook. On ne sait jamais quel événement important peut se produire… Je me demande lequel d’ailleurs !!! Enfin, curiosité …ou addiction ?

Tiens, une demande d’ami,  Leo Mouch. Bizarre, ce pseudo. 
Je clique pour voir le profil. Pas grand chose… Une photo de lion dans la savane, une page intitulée « J’aime les tigres », avec quelques images de tigres dans la jungle, au repos ou en pleine course.
Curieuse comme toujours mais également réticente à accepter des amis inconnus, je regarde « À propos ».
Peu d’informations, naissance sans date, « à Paris sur les toits », précise l’auteur. Encore un original ! Études , « autodidacte », ce qui veut tout dire, centres d’intérêt, « moi, toi et un peu les autres ».
Décidemment, étrange comme profil !
J’ai pourtant envie d’en savoir plus. Je me rends sur son journal. Pour le consulter, il faut que j’accepte d’abord son invitation. Intriguée malgré tout, je me dis que, si son contact me déplaît, je pourrai toujours le bloquer ensuite.
Donc, clic « Confirmer ». J’attends quelques minutes et je retourne sur son journal. Là, surprise ! Je me vois en photo,  sous toutes les coutures, chez moi, en vacances, en ballade, dans mon lit. Un vrai délire que je ne comprends absolument pas. Il faut que j’en sache davantage sur cette intrusion dans ma vie privée et quotidienne. Je constate qu’il est connecté. Je vais lui écrire et lui poser quelques questions précises et pertinentes. Quel est donc ce voyeur qui semble me connaître au point de publier des photos de moi ?  Je les reconnais, elles sont dans mon ordinateur. Lumière ! Je comprends, j’ai été piratée par un pervers psychopathe, sans nul doute.

Je m’apprête cependant , avec une curiosité malsaine, à entamer le dialogue via Messenger quand, un petit éclair m’annonce qu’ il m’a devancée.

-Bonjour, ou plutôt bonsoir.

Avant que je ne lui réponde, décidée à le soumettre à la « question », il poursuit :

-Comment vas-tu, ce soir ?

De plus, il me tutoie…Non, mais, quel culot ! On n’a pas gardé les oies, ni quoique ce soit d’autre, ensemble. Ou j’ai oublié cet épisode !

-Ta journée n’a pas été trop fatigante ? Et la réunion avec les responsables de province s’est-elle bien passée ?

Ébahie, je ne lui réponds pas. Mais comment est-il au courant ? Non, ce n’est pas possible ! Ou plutôt, si. Quelqu’un que je connais se cache sous ce pseudo bidon et me fait marcher. Au fait, à qui ai-je parlé de cette réunion qui s’est décidée en catastrophe la veille ? À pas grand monde, me semble-t-il ! Si je réfléchis bien, à personne, puisque j’ai été avertie hier soir par un appel téléphonique chez moi. Je ne suis pas sortie ensuite, je n’ai appelé personne, ayant passé la soirée à marmonner toute seule contre cette information tardive et à préparer cette satanée réunion. 

Non, mais j’y pense ! C’est un collègue qui me fait une farce ! Lequel ou laquelle ? Mon adjointe ? Elle n’oserait pas… Encore que… cachée derrière l’anonymat de Facebook ! ! Mais je ne crois pas. On a fini tard ce soir, elle s’est dépêchée de rentrer chez elle car elle avait peur d’être en retard à la crèche pour récupérer son fils qui avait été déposé un soir au commissariat de police par la directrice du centre de garde furieuse d’avoir dû attendre trente minutes. C’est devenu sa terreur et le moindre retard la met dans des états pas possibles. 

Je n’ai pas d’enfant, mais je la comprends. Je n’aime pas rentrer tard à la maison et laisser mon chat tout seul. Je sais, on ne peut pas comparer.  Mais  j’ai alors l’impression de l’abandonner . Je pense parfois qu’il me le reproche. Il me semble voir dans ses yeux verts de la colère, qu’il manifeste en mettant un certain temps avant de venir me voir. Pour l’approcher, il faut que je l’appelle tendrement, que je lui explique les raisons de mon retard, oui, je sais, c’est ridicule….mais je me dis que personne ne me voit. Au bout d’un certain temps, il se décide à se lever, à s’étirer et à venir me saluer d’un feulement d’abord mécontent, avant de se frotter affectueusement contre mes jambes. C’est bon, on a fait la paix, on peut passer une soirée tranquille. 

Il est vrai, que, quand j’y pense, il est un peu exclusif, mon chat. Il n’accepte pas facilement mes amis, surtout les hommes. 

Toutes ces tergiversations sur mon beau matou ne résolvent pas le problème de l’identité de mon « nouvel ami Face Book» qui semble connaître bien des choses sur ma vie.
Je profite d’un « silence » de sa part pour glisser une petite phrase :
-On se connaît ?
Réponse immédiate :
-Oui. 
-Depuis longtemps ?
J’ai l’impression de jouer au jeu du chat et de la souris.
-Un certain temps.
-Mais on ne se voit plus ?
Silence !
-Je pense que vous avez piraté mon ordinateur dans lequel vous vous êtes procuré toutes mes photos. C’est un délit et je suis prête à porter plainte !
-Pas du tout. Ces photos sont disposées chez toi. Tiens, comme celle où tu es dans un jardin, entourée de bougainvilliers, d’hibiscus et d’orchidées.
Je me tourne vers la commode en pin blond installée près de la fenêtre de ma chambre. La photo décrite y est posée. Je souris dans ce jardin tropical de La Réunion où j’avais passé trois semaines l’hiver dernier.
-C’était bien, La Réunion ? Tu as beaucoup aimé, semble-t-il ! Mais tu es restée longtemps ! Trois semaines, n’est-ce pas ?
D’où tient-il ces informations ? Je réfléchis. J’ai parlé de ce séjour à tout mon entourage. N’importe laquelle de mes relations peut être au courant. Je ne suis pas plus renseignée sur l’identité de mon « ami ». Il faut que je continue mon interrogatoire car cette intrusion dans ma vie privée me déplaît fortement.
Il reprend la « conversation ».
-Tu avais parlé d’y retourner avec…Comment s’appelait-il déjà ? Le grand brun ! Tu sais, celui qui venait te rendre visite, parfois le week-end. Que lui est-il arrivé ? On ne le voit plus depuis un certain temps.
Jean-Michel ! Il a disparu, un jour, sans crier gare.  Nous nous entendions bien cependant. Quand je l’ai contacté pour lui demander la raison de son brutal silence, il m’a répondu que certaines photos étaient suffisamment éloquentes.  Étonnée, j’ai demandé de quelles photos il parlait, il a raccroché après avoir sèchement répondu : « Devine ». Je n’ai toujours pas compris. Depuis, plus de liaison durable. Il faut dire que mes dernières relations se sont plutôt mal terminées. J’ai parfois l’impression de jouer de malchance !
François, mon ami précédent,  a été renversé par une voiture en sortant de chez moi. Personne n’a compris la raison pour laquelle il s’est littéralement jeté sous l’autobus qui emprunte ma rue. Sa survie a tenu du miracle. Il est reparti vivre chez ses parents.
Vincent est tombé dans l’escalier en sortant de chez moi sans que l’on sache sur quoi il avait buté. Une très vilaine fracture du pied l’a laissé handicapé.
Puis ce fut le tour de Paul qui, se penchant à la fenêtre, a perdu l’équilibre et n’a dû sa survie qu’à un véritable miracle en se raccrochant à la balustrade du balcon de ma voisine.
Mon interlocuteur interrompt le fil de mes pensées.
-Vincent, François, Paul et les autres ? Le nom du dernier me revient. C’est Jean-Michel, n’est-ce pas ? Ils n’ont pas eu de chance, vraiment. Quant à Jean-Michel, quel sale curieux ! Regarder tes photos de famille. En fait,  tu te promenais simplement avec ton cousin !
Je ne comprends plus grand-chose. De quoi parle-t-il ? Que sait-il de ma vie ? J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Mais qui me surveille ? Je regarde mon ordinateur d’un œil soupçonneux. Cette machine ? Ou Facebook ? Allons, ma vieille, réagis et réfléchis. On n’est pas dans un film de science-fiction. Il doit y avoir une raison logique. Le Big Brother, c’est juste dans les livres et les films. Peut-être qu’un inconnu pénètre dans mon appartement quand je n’y suis pas ! Qui a les clés ? Ma concierge ! Non, c’est une vieille dame en qui j’ai confiance. Grimper les trois étages qui mènent chez moi n’est guère envisageable pour elle. Elle se contente de rester dans sa loge, de nous saluer en donnant le courrier et d’attendre les étrennes. Je ne la vois pas fouiller dans mes affaires, d’autant plus qu’elle a une phobie des chats dont elle m’a souvent parlé. Je n’ai pas de femme de ménage et aucun ouvrier n’est venu effectuer de réparations dans l’appartement depuis mon emménagement il y a bientôt quatre ans.
Alors qui ? Je passe en revue mon entourage. Ma meilleure amie ? Ma cousine ? Mon grand copain d’enfance ? La serveuse du petit restau chinois du coin ? La caissière du supermarché du quartier ? Non, stop ! Je deviens parano. Je dois réfléchir sereinement et logiquement. J’en reviens à une « cyber attaque »….Je sais, le mot est un peu fort. Je ne suis qu’un lambda sur Facebook, sans intérêt particulier, peu capable d’intéresser un hacker… mais avec tous les fous qui se promènent dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Si c’est vraiment un pro de l’informatique, comment m’en débarrasser ? Il a dû infecter mon ordinateur. Je vais devoir en changer. Financièrement, cela ne m’arrange pas vraiment en ce moment. Mais, tant pis, je me débrouillerai. Mais si c’est un vrai pro des « cyber-attaques », il va me retrouver. Je me sens perdue. A qui puis-je m’adresser pour trouver de l’aide ? Mon cousin, celui dont mon « ami Facebook » me parlait, est un excellent informaticien. Je vais le contacter et lui exposer mon problème. Il va m’aider. Je vais lui envoyer un mail, non lui téléphoner. C’est plus prudent au cas où mon ordinateur soit infecté. Son numéro, où l’ai-je mis ? Je cherche dans mes contacts.
-Cousin, cousin ! A quel nom t’ai-je mis ?  Frédérique ? Cousin ? Moret ?
Voilà que je parle toute seule.
Ting ! Un message.
-Tu le trouveras dans le groupe Famille. Tu as oublié ?
Je regarde, ébahie, l’écran où s’affiche le message de Leo Mouch. Mécaniquement, je vais dans le groupe Famille de mes contacts et j’y trouve « Cousin Frédérique ».
Je me mets à fixer mon ordinateur d’un œil inquiet et soupçonneux. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas ! Cette machine m’espionne. J’ai l’impression qu’elle lit dans mes pensées. Je suis en plein cauchemar. Je ferme les yeux.

Il fait frais, je frissonne et cette sensation de froid me réveille. Je me suis endormie avec l’ordinateur éclairé sur mon lit, lumière blafarde, mais rassurante. 

Tout cela n’est qu’un mauvais rêve. 
Promis, finie la consultation d’internet, de mes messages, de mes mails et de Facebook le soir, dans mon lit, avant de m’endormir. 
Cet épisode angoissant me perturbe encore. Je vais revenir à la lecture d’un bon livre classique, bien calée dans mes oreillers.

-C’est plus sage, n’est-ce pas, Leo ?, dis-je en m’adressant à mon chat, installé au pied de mon lit.
Il semble approuver, en plissant ses yeux verts.
Ma nuit se termine plus paisiblement. Le lendemain, j’ai pratiquement oublié ce mauvais rêve. Je me prépare rapidement, avale en vitesse un café et me dirige vers la porte, quand un miaulement me rappelle à l’ordre. J’ai oublié de donner à Leo son bol de lait et ses croquettes.
-Désolée, mon grand. J’ai eu une nuit agitée.
Il me regarde et j’ai l’impression qu’il sourit ironiquement.
Décidemment, j’ai trop d’imagination. Je verse le lait dans sa tasse et remplit sa gamelle de croquettes. Il les regarde et se détourne.
-Oui, je sais, je n’ai pas trouvé ta marque. Je t’en rapporterai ce soir. Après tout, si tu as faim…
Il me tourne le dos et va s’installer sur mon fauteuil qui est devenu le sien maintenant.
-Je dois y aller. A ce soir !
Je claque la porte, dévale les escaliers en négligeant l’ascenseur comme le recommandent toutes les revues féminines. Dans la rue, je jette un coup d’œil sur ma fenêtre, j’y vois Leo qui semble me surveiller et disparaît. Mon téléphone vibre. Je décroche sans regarder le numéro d’appel.
J’entends une voix bizarre qui me dit :
-Tu ne rentres pas tard ce soir ! Surtout après la drôle de soirée que tu as passée…


J’écarte le téléphone de mon oreille et regarde le numéro d’appel. C’est mon numéro. Je lève les yeux et vois Leo qui semble me faire un petit signe de la patte…
 

samedi 6 février 2016





Mon petit ange,


Je pense souvent à toi, le petit ange parti si brusquement et beaucoup trop tôt, avant même d'avoir commencé à essayer de vivre !

A priori, tu n'es ni mon enfant, ni ma petite-fille, juste le bébé de ma jeune voisine, que j'ai vu naître et surtout sourire depuis sa naissance.

Je t'ai vue grandir dans le ventre de ta maman, dont j'osais parfois effleurer le ventre, comme on le fait si souvent, je le faisais timidement, tant ce geste me paraît intime. Mais ta maman, si menue, si douce, était si fière de son ventre arrondi.

Quand tu es née, j'étais très contente de t'offrir un petit pyjama et quelques chemisettes. Je n'oubliais pas une petite voiture pour ton grand frère, jaloux de ta nouvelle présence.

Depuis ta naissance, je ne t'entendais jamais pleurer, c'est pour cela que je disais à ta maman que tu étais un ange. Je t'appelais “Mi angelita” !


Et puis, avec ta maman et ses deux enfants, même si nous n'étions pas souvent là, on s'est un peu mieux connu. Les relations de voisinage sont souvent les plus durables. Je l'ai invitée à venir passer quelques jours à la maison. Elle hésitait, n'osait pas. On se connaissait peu, nous étions des étrangers. Finalement, notre premier lien de connaissance est passé par Émilia, notre petite chihuahua, qui attirait, en dépit de son mauvais caractère, ton grand frère. Et un jour, nous avons dû venir dans notre petit appartement en ville avec notre chien fou, Charlie, qui s'est révélé le grand copain de ton grand frère. Et toi, mon ange, tu souriais toujours. Je me souviens de la petite robe que je t'ai offerte un jour. Tu n'as, je crois, pas eu le temps de la porter.

Et vous êtes venus, ta maman, ton grand frère et toi, passer quelques jours à la maison. Notre maison avait jusque là peu résonné de cris d'enfant, car nos enfants sont de jeunes adultes qui n'ont pas d'enfants. Je ne dis pas de pleurs car je ne t'ai jamais entendu pleurer. Il ne me reste que ton sourire, rayonnant, qui me poursuit. Durant ces jours heureux, tu as connu la plage, tu es allé au concert de Noël dans une église, au restaurant, te promener dans le campo, toujours avec ce magnifique sourire ! Pas de pleurs, ni à la maison, ni en voiture, ni dans ta poussette.

Qui donc a été jaloux de ton aptitude au bonheur ? Pourquoi toi et pas un autre ? Sans réponse.

On prévoyait d'autres balades, d'autres séjours, je disais que tu étais ma petite-fille par adoption puisque je n'en ai pas.

Noël et la nouvelle année se passent. Je choisis vos cadeaux avant de retourner dans notre petit appartement de la ville. Pour toi, un nounours tout doux en peluche.

Juste avant notre arrivée, ta maman m'envoie un message comme quoi tu sembles avoir la dengue et que, par précaution, pour faire quelques analyses, tu viens d'être hospitalisée, dans l'hôpital le plus connu de l'île. La dengue, je connais. J'ai souffert d'une dengue grave, il y deux ans. J'ai été longuement hospitalisée, ici, puis en France. J'ai mis plus d'un an à récupérer.
Cela m'inquiète, mais tes parents sont confiants. On va te voir, au service de soins intensifs pédiatriques, enfin, on voit ta maman, qui va rester là, sur une chaise, dans le couloir de l'hôpital pendant une semaine. On passe la voir, juste pour lui dire qu'on est là. Elle me demande de prier et moi qui ne suis pas croyante, me voilà dans la cathédrale à chercher une bougie que je n'ai pas trouvée pour l'allumer pour toi.

Ton papa qui passe tous les jours nous donne des nouvelles, on attend le jour suivant qui doit être décisif, puis le suivant, et encore le troisième jour...
Je finis par comprendre, lors de ma dernière visite à l'hôpital, en parlant avec ta maman qui continue à vouloir croire et espérer, c'est normal, c'est tout son amour qu'elle exprime, je comprends au bout de cinq jours que tu es déjà loin de nous, encore reliée à la vie par de nombreux tuyaux mais....

Je suis obligée de repartir chez moi, dans ce campo où tu es venue il y a quelques semaines et que tu regardais avec ton sourire rayonnant comme tu regardais tout dans la vie.

Je me lève ce vendredi de bonne heure et trouve un message oral envoyé la nuit par ta maman qui m'explique que tu vas aller mieux, qu'elle a parlé avec un médecin qui, comme moi, ne croyait pas et qui l'avait assuré que je deviendrais croyante grâce à toi, Emma. Je venais d'écouter ce message quand une petite sonnerie m'avertit d'un nouveau message :

“Emma esta con Dios”

Ma première réaction est de dire “Non”, un non inutile, suivi d'un “Pourquoi ?”
Il n'y a pas de réponse, il n'y a que l'injustice.

J'admire ta maman qui, avec sa foi, m'explique que Dieu l'a voulu ainsi, qu'il t'a donnée à elle et t'a reprise. J'admire son courage qui lui permet de continuer à vivre. Elle veut que ton si rapide passage parmi nous serve à d'autres enfants, en particulier à ceux qui n'ont pas accès aux soins. Elle se démène pour monter son association :

“No mas Emma”

Elle me dit :”Tu seras la marraine de mon prochain bébé”.

Et moi, je vois toujours ton sourire lumineux, Emma. Tu resteras mon angelita !

lundi 4 janvier 2016

LIVRE DE RECETTES FACILES ET CONVIVIALES !

Parce que cuisiner doit rester un plaisir partagé,

Un nouveau livre de recettes à télécharger pour moins de 3€

Partagez, régalez-vous et régalez les autres !!!

http://www.amazon.fr/MES-RECETTES-PARTICULI%C3%88RES-PLAISANTE-ORIGINALE-ebook/dp/B01A61X5SQ/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1451956524&sr=8-2&keywords=vietti+letoille


vendredi 20 novembre 2015

UN ÉTÉ CRIMINEL [Format Kindle]

Dominique VIETTI-LETOILLE 
A télécharger sur Amazon.fr et à lire....avec plaisir!!!!

LES ERRANTS

LES ERRANTS


L’humanité s’est toujours déplacée. En dépit de ce que résume trop brièvement

l’Histoire, ses déplacements , à l’échelle du temps humain, sont lents. Il n’y a guère de

véritables invasions, si l’on excepte les guerres et batailles ponctuelles.

Les déplacements de populations, plus ou moins volontaires, sont généralement

liés à la surpopulation d’une région qui ne peut plus nourrir ses habitants. C’est le cas de

la colonisation grecque du bassin méditerranéen.

 Les arrivées des Germains dans l’empire romain se font sur un temps assez long

et sont liées à la pression des peuples asiatiques que de mauvaises récoltes et la faim

poussent sur les routes vers l’Occident où les richesses du monde romain les attirent.

Les contacts entre ces peuples aux civilisations différentes se sont étalées dans le

temps et ce n’est que leur éloignement temporel qui nous fait dire maintenant qu’il y eut

mixité de peuples et de civilisations et nous permet de parler de mondes gréco-romain

ou gallo-romain.

            Certaines conquêtes d’essence religieuse se sont faites en apparence rapidement.

C’est le cas de la conquête musulmane.

Mais revenons à des dates plus précises.

À la mort du prophète Mohamed en 632, militairement l’Islam a fait la conquête

de la plus grande partie de la péninsule arabique qui est quasi désertique et peuplée de

tribus nomades désunies et éparpillées.

            Les Omeyades donnent sa plus grande dimension à l’empire musulman en faisant

la conquête de l’Orient perse, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, conquête qui

s’achève au milieu du VIIIème siècle, donc plus de cent ans après la formation du

premier territoire musulman. Malgré des méthodes militaires et religieuses efficaces et

l’incorporation des nouveaux conquis à l’armée existante, comme le faisaient déjà les

Romains, on sait que cette conquête n’a pas été une belle ballade tranquille. Les batailles

sanglantes ont fait de nombreuses victimes, la conversion à l’Islam s’est faite

difficilement. La Kahina, princesse berbère célèbre, s’est opposée militairement à

l’islamisation de la Berbérie et a préféré se donner la mort que se convertir. Les Gens du

Livre, Juifs et Chrétiens,  protégés par le Coran, sont restés nombreux dans l’empire

Musulman, qu’il soit arabe ou turc.

            L’occupation de l’Amérique s’est étalée sur plusieurs siècles. Les conquêtes

rapides des conquistadores ne sont que des batailles gagnées mais la colonisation et

l’occupation accompagnées de l’évangélisation des populations amérindiennes  se font

sur des siècles. On peut se demander dans quelle mesure ce mouvement est vraiment

achevé !

            Le melting-pot nord américain, pourtant vieux de plusieurs générations n’est

souvent qu’une juxtaposition de modes de vie différents, souvent cantonnés dans des

 quartiers particuliers, conservant leur us, coutumes et cuisines… et dont les membres

restent souvent entre eux. On commence à peine à voir émerger une certaine mixité ,

surtout dans les classes plus favorisées.

            L’homme a besoin de temps pour s’acculturer, s’insérer dans un monde et une

civilisation étrangers. Les raccourcis de l’Histoire ne doivent pas nous tromper.

L’homme reste l’étranger errant pendant plusieurs générations. Sans racines, sans

repères, il est la proie facile de mouvements extrémistes politiques ou religieux.

 Le nihilisme politique révolutionnaire russe de la fin du XIXème siècle prônait le

terrorisme politique et attirait une jeunesse en mal de spiritualité et de liberté.

La » propagande par le fait » des anarchistes du XIX encourage également le

sabotage, le terrorisme et la guérilla et intéresse une jeunesse révolutionnaire dont le

 but revendiqué de révolution politique autorise toute forme d’action violente.

            La violence gratuite est la forme d’expression de ces errants déboussolés qui ne

savent pas exprimer autrement leur mal-être. C’est le terreau de toutes les sectes qui

promettent tout, tout de suite à des esprits mal formés, déformés par le bourrage de

crâne d’idées simplistes, qu’on a mâchées pour eux.

            On en fait des kamikazes, des assassins, prêts à gober toutes les paroles de

gourous dont le but est la soif de pouvoir et de richesses. Ces sicarios, cette chair à

canon, malléables et tuables à merci, sont envoyés pour semer la terreur dans un monde

qui leur reste étranger et dans lequel ils n’ont pas su ou pu s’insérer. Les promesses

ubuesques d’un monde meilleur, de miel et de fraîcheur…., les attirent aussi sûrement


que la lumière attire le papillon de nuit qui meurt quand le soleil se lève.