mardi 10 mars 2026

Voyages !

 VENTS DE SABLE 

Extrait pour vous donner envie d'accompagner Rachel dans ses aventures...

De Grenade, elle fuit, par peur de l'Inquisition, à Tanger d'où la violence de son mari la pousse à partir vers les îles Canaries. Elle n'y est pas vraiment à l'abri et entreprend la traversée de l'Atlantique vers l'île d'Hispanola dans le Caraïbes. Elle réussit à se construire une vie nouvelle dans un monde difficile !

 

Mara essuie régulièrement le visage de Rachel qui paraît maintenant presque apaisée. Sans doute, l'infusion donnée par Diego. Elle ouvre la porte de la cabane en espérant voir sa mère et son frère sur le chemin qui mène à la petite baraque. Elle aperçoit au loin un mouvement dans lequel elle distingue son frère qui court et derrière lui, plusieurs personnes. Elle y distingue rapidement sa mère, vêtue d'une robe de toile grège, passée sur une chemise blanche. Une grand châle marron l'enveloppe pour la protéger du froid et un foulard noir couvre sa tête. Plusieurs personnes l'accompagnent, des femmes aux bras encombrés de linges et de bassines, un homme les domine de sa haute stature, son père, pense-t-elle. Soulagée, elle retourne auprès de Rachel qu'elle rassure en lui annonçant l'arrivée de sa mère. Ils sont tous là, car la parturiente appartient à une famille importante et ils ne veulent pas avoir de problème au cas où l'accouchement ne se déroulerait pas bien. Ils ont peur de la réaction éventuelle de ses proches.

Mara fait des allers et retours entre la couche de Rachel et la porte, surveillant la progression du groupe de villageois, faisant de grands gestes pour les inciter à se dépêcher. Diego reste auprès de la jeune femme, lui parlant doucement en arabe et en hébreu.Si Mara comprend et parle un peu l'arabe comme tous les habitants du royaume d'Al Andalous, l'hébreu lui est inconnu. Elle le reconnait pour l'avoir entendu dans la juderia. Elle est étonnée d'entendre son grand frère l'utiliser avec une telle facilité. Il a du l'apprendre en côtoyant le vieux juif soit-disant médecin. Elle le lui demandera, mais ce n'est pas ce qui la préoccupe maintenant.

Elle prend sa mère par la main lorsqu'elle arrive devant la cabane et rapidement lui explique la situation. Rachel qui a perdu les eaux, qui est en train d'accoucher, là, dans cette baraque en

Page 9

planches, sur de vieilles couvertures et Diego qui reste avec elle, lui parle et lui a donné une espèce de tisane infusé dans des herbes du magicien juif...

Sa mère entre seule dans la petite pièce et voit son fils à genoux près de la jeune femme, lui parlant doucement.

— Diego, ce n'est ni ta place ni ton rôle. Ici, on accouche entre femmes.

— Je le sais, mère, mais je ne pouvais pas la laisser souffrir seule.

— Que sais-tu des douleurs de l'enfantement ?

— Seulement les cris qu'elle pousse et que j'ai entendus aussi à la maison, à chaque fois qu'une femme donne la vie !

Sa mère souffle bruyamment en se détournant vers les matrones qui l'accompagnent.

— Que lui as-tu donné ?
— Juste des plantes pour calmer les douleurs.
— Que sais-tu des simples ? Ce que ton vieux juif

t'enseigne ? Les douleurs de l'enfantement sont normales. On est toutes passées par là.

Un grognement approbatif des commères présentes le confirme.

— Sors et laisse-nous faire. Nous connaissons le travail.

Malgré son état, Raquel proteste et chuchote en arabe de le remercier et de le laisser l'assister. Même affaiblie, elle reste la maîtresse et affirme sa supériorité.

La mère plisse les lèvres en une moue désapprobatrice, mais fait cependant signe à Diego de rester près de la jeune femme.

— Ce n'est pas le moment de la contrarier ! marmonne-t-elle.

Les commères s'affairent autour de la parturiente dont c'est le premier enfant. Elles commencent par poser sa tête sur un oreiller qu'elles ont rapporté et, doucement, glisse un drap propre sous elle, tout en laissant les couvertures qui forment un lit plus confortable. Elles regardent avec curiosité autour d'elles, découvrant la cabane où leurs enfants viennent se réfugier, y

Page 10

bavarder, jouer, et faire quoi d'autre encore, se demandent-elles. Un nouveau cri de Raquel les ramène à la réalité. Diego s'avance doucement et lui glisse dans les lèvres quelques gouttes d'un élixir qu'il a sorti de sa poche et qu'elles observent avec méfiance. L'effet du produit est assez rapide et Raquel cesse de crier rapidement. Elle continue à geindre en sourdine, en dépit des contractions qui durcissent et soulèvent son ventre. Elle s'agrippe à la main de Diego qui lui parle doucement tout en essuyant son visage, face aux matrones mécontentes mais qui n'osent pas s'opposer à la volonté de la jeune femme.

Le travail de l'accouchement se poursuit lentement et semble parti pour durer. Les femmes s'interrogent sur l'opportunité de prévenir la famille de Raquel, pendant que Rachel et Diego chuchotent. Visiblement, elle demande quelque chose que le jeune homme hésite à accepter. Ils murmurent, l'une quémandant ce que l'autre ne semble pas vraiment décidé à faire. Il finit par acquiescer et sort de la pièce sous le regard soupçonneux des femmes. Il revient au bout de quelques minutes avec une brassée d'herbes qu'il a ramassées près du petit ruisseau. Elles reconnaissent des feuilles de framboisiers et une autre plante dont sa mère demande le nom et l'origine à Diego. Il lui répond rapidement que c'est de l'agripaume utilisée en Asie et dont son vieil ami l'apothicaire lui a parlé. Une grimace de mécontentement accueille sa réponse tandis qu'il prépare une infusion avec l'eau chaude du baquet qu'il fait délicatement boire à la jeune femme alitée qui répond par un pâle sourire de remerciement.

Le travail se poursuit, mais il est vrai que la jeune femme semble moins souffrir. Est-ce la tisane préparée par Diego qui calme les douleurs ressenties par Raquel ?

Les commères s'affairent autour de Raquel, toujours accrochée à Diego. Les contractions s'accélèrent, cependant Raquel semble bien les supporter et trempe régulièrement ses lèvres dans l'élixir que Diego lui présente. Les femmes sont gênées par la présence de Diego et s'affairent pour cacher les

Page 11

jambes écartées de Raquel. Un cri plus perçant de la parturiente annonce l'arrivée imminente de l'enfant. La mère regarde et pousse un cri, tout en se signant.

— Jésus, Marie, Joseph. Le bébé se présente mal, je vois ses fesses !

Mara pense qu'après tout, ces trois-là étaient des juifs. Peut- être vont - ils se décider à aider Rachel. Ça arrangerait tout le monde !

Mais non, toutes les commères vérifient. Elles savent que c'est une complication difficile à résoudre et pensent surtout aux ennuis que cela risque de leur causer si l'accouchement se passe mal ! Rachel comprend qu'il y a un problème et des larmes coulent sur ses joues si pâles.

— Je veux Diego, parvient - elle à murmurer.

Les commères se regardent avec étonnement. Qu'est - ce qu'un homme vient faire dans cette histoire de femmes? Surtout un jeune pas encore père et qui ne doit pas y connaître grand chose. Diego s'approche de la jeune femme qui lui murmure à l'oreille. D'abord étonné, il semble acquiescer à sa demande. Il demande à sa mère de faire sortir tout le monde de la petite pièce et de rester avec lui. Murmures, grognements, mécontentements accueillent sa demande. Bon gré, mal gré, les villageoises sortent, laissant Diego et sa mère, ainsi que Mara qui se fait toute petite dans un coin. Son frère la regarde et, d'un signe discret de la tête, lui permet de rester.

Diego s'approche de Rachel et lui parle doucement, mais fermement.

— Rachel, ce que tu me demandes, je ne l'ai vu que dans des livres et sur de vieux manuscrits. Tu es consciente que je ne l'ai jamais pratiqué. Samuel m'en a parlé et m'a expliqué en théorie comment faire. Il a eu l'occasion de le faire quelques fois.

— Oui, je sais, ma mère, pour ma naissance, chuchote -t -elle.

— Tu ne t'en souviens pas vraiment, lui répond il en souriant.

Page 12

Une expression apaisée sur le visage, Raquel lui répond:

— En effet, mais j'ai confiance. Samuel m'a parlé de toi et dit que je pouvais compter sur toi, que tu es un de ses meilleurs assistants.

— Assistant est un grand mot. Je ne suis qu'un de ses élèves. — Son meilleur disciple.
Une nouvelle et très forte contraction l'empêche de finir sa

phrase.
— Dépêche - toi. Le bébé va souffrir si on attend . Diego se tourne vers sa mère et lui demande de se laver

soigneusement les mains comme lui - même. Il prie Mara d'en faire autant, au cas où elle aurait à intervenir, explique - t-il à sa sœur , tétanisée.

— Je peux sortir, si tu veux. Je préférerai...
Diego la fait taire d'un geste
— Tu restes, on peut avoir besoin de toi !
Mara se dirige vers la bassine et se nettoie soigneusement les

mains, elle ne comprend pas bien ce qui se passe, mais sait qu'il y a un problème. Une naissance est toujours une loterie, tant pour la femme que pour le bébé.

— C'est une manoeuvre externe qu'on va effectuer, explique - t-il à sa mère. C'est à dire qu'on va essayer de retourner le bébé dans l'utérus.

Sa mère le regarde effarée et Mara essaie de se tasser dans son coin, espérant qu'on l'oubliera pour effectuer cela.

— Mais, c'est l'oeuvre de Dieu, répond sa mère en se signant plusieurs fois, tout en marmonnant une prière.

— C'est juste la nature, ce n'est l'oeuvre ni de Dieu, ni du diable !

— Ne blasphème pas, pas ici face à cette naissance que Dieu tient entre ses mains.

Diego soupire avant de lui expliquer la manoeuvre qu'ils vont devoir effectuer. Il tâte le ventre de Raquel et montre un renflement qui correspond aux fesses du bébé.

Page 13

— Voilà son siège, dit-il, il va falloir doucement le repousser vers le haut du ventre afin qu'il puisse se retourner.

— Mais tu es fou. On va le tuer.

— Pas du tout, on va procéder très doucement. Mara, viens nous aider. Tu sens sa tête, lui dit-il, en lui montrant une bosse sur le ventre de la jeune femme. Tu pousseras tout doucement vers le bas, car c'est la tête du bébé que tu toucheras et que tu dois faire descendre très lentement, pendant que nous remonterons ses fesses. Tu as compris ?

Mara et sa mère le regardent ahuries. Seule Rachel sourit doucement, paraissant confiante .
Regardant Diego comme un fou, Mara et sa mère exécutent ce qu'il leur demande de faire. La femme marmonne entre ses lèvres, mêlant prières et grognements, tandis que Mara se tait, effrayée par la responsabilité que son frère lui impose. Elle se tait et serre les lèvres en repoussant doucement la tête du bébé qu'elle sent sous ses mains. Elle transpire presque autant que Rachel, elle essaie de ne pas trop trembler. Elle a peur pour le bébé, pour Rachel, pour elle, sa mère et son frère. Quel sera leur sort si un malheur arrive à Rachel ou au bébé ? Sa mère transpire mais obéit aux ordres de Diego tout en priant. Ils semblent caresser le ventre de la jeune femme, appuyant doucement et poussant avec lenteur vers le bas du ventre. Diego demande à Rachel si elle ne souffre pas et elle lui répond en tentant un pâle sourire et murmurant "Non, ça va!". Diego lui explique que malgré les contractions qui s'accélèrent, elle ne doit pas pousser tant que le bébé n'est pas bien positionné. Elle hoche la tête en fermant les yeux et pinçant les lèvres.

La petite fille est choquée par la tâche qui lui est confiée, mais elle sait que c'est une situation d'urgence. Diego et sa mère commencent à travailler en douceur, tentant de repousser délicatement les fesses du bébé vers le haut du ventre de Rachel. Mara suit les instructions de Diego, appliquant une pression légère sur la tête du bébé pour la faire descendre.

Page 14

La tension dans la petite pièce est palpable. Rachel gémit de

douleur, mais elle sait que c'est la seule chance de sauver son

enfant. Mara se concentre sur sa tâche, sentant la tête du bébé sous

sa main. Elle pousse avec précaution, consciente de la fragilité de

la situation.

Après de longues minutes d'efforts, le bébé commence à se

retourner dans l'utérus de sa mère. Les mains expertes de Diego

guident le processus, tandis que Mara continue de pousser

doucement. Enfin, le bébé est dans la bonne position pour naître.

Le processus d'accouchement reprend, cette fois dans

des conditions plus favorables. Rachel pousse avec force,

soutenue par la mère, Diego et Mara. La petite pièce résonne des

cris de douleur et d'encouragement.

Finalement, le bébé naît, et un cri puissant remplit la cabane.

Il est en bonne santé, malgré les complications initiales. Rachel est épuisée mais heureuse. Elle serre son enfant contre elle, les larmes

aux yeux, son fils !

Diego et sa mère s'occupent de couper le cordon ombilical et

de nettoyer le bébé. Mara observe tout cela, émerveillée par la

naissance miraculeuse. Elle réalise que la vie est fragile et

précieuse, et que dans ce moment, les différences religieuses et

culturelles sont mises de côté pour sauver une vie.

Le calme revient peu à peu dans la petite cabane. Rachel

sourit à Diego, reconnaissante pour son aide précieuse. Mara

regarde le nouveau-né avec admiration. Ce moment restera gravé

dans sa mémoire, une leçon sur la solidarité et l'importance de

l'humanité partagée.

Les commères dans l'attente entendent les pleurs du bébé qui

vient de naître. Elles se sentent soulagées et timidement

reviennent vers la cabane dont elles poussent précautionneusement

Page 15

la porte branlante. Elles avancent vers la jeune mère allongée sur

les vieilles couvertures et qui allaite son bébé que la mère de

Diego a lavé avec douceur dans l'eau tiède restant dans le baquet.

Elles hochent la tête et le bénissent, tout en se sentant soulagées

pour leur propre sort. Elles s'interrogent sur l'attitude à adopter,

sachant qu'il n'est pas possible de laisser cette riche jeune femme

dans cette baraque sur cette couche de vieilles couvertures

souillées. Il faut avertir sa famille. Elles marmonnent entre elles

pour désigner le volontaire. Rachel, sans quitter l'air béat que lui

donne la vision de son fils têtant goulûment, appelle Diego et

Mara. A la petite fille, elle ordonne d'aller chez elle prévenir sa

famille afin qu'on vienne la chercher avec un attelage. Elle se

tourne vers Diego et murmure à son oreille. Il hausse les sourcils

en entendant sa demande, puis hausse les épaules en guise

d'assentiment avant de se diriger vers la porte accompagné de

Mara.

Les femmes se taisent et quelques unes sortent et reprennent

la direction de leur village. Seules restent Maria, la mère de Diego

mercredi 5 novembre 2025

VENTS DE SABLE

Nouveau  roman !

1492 : accompagner Rachel depuis la ville  de Grenade à Tanger, puis les îles Canaries et l'île d'Hispaniola, fuyant l'Inquisition, un mari violent, pour protéger son fils et enfin vivre  librement.

Avec ses compagnons qui forment une bande hétéroclite, seulement désireux de vivre en protégeant leur vie et leur liberté...

La petite communauté s'installe dans une vie nouvelle et rythmée par les saisons qu'ils découvrent. Ici, pas d'hiver ni d'été. Juste une période plus fraîche et une saison très chaude et surtout une humidité permanente avec une époque de pluies intenses perturbée par des tempêtes, appelées hurricans par les locaux. Des vents violents accompagnés de déluges d'eau, d'inondations, de destructions. Il n'est pas rare que des arbres soient arrachés, des toits envolés et des cases détruites, ainsi qu'on nomme les petites masures vit la population. Rachel a du mal à se faire à ce climat délétère et à cette nature sauvage. Elle sait cependant qu'elle n'a pas le choix !

La population locale est aussi très différente, dans ses codes, ses coutumes et son comportement, des paysans qu'elle a connus en Espagne, maures, juifs ou chrétiens.

Il y a de nombreux esclaves, d'origine taïno ou africaine, même dans les toutes petites exploitations. Une hiérarchie très structurée gère les rapports entre ces gens d'origines et surtout de couleurs différentes. Samuel s'oppose à l'emploi d'esclaves, quelqu'ils soient. C'est, chez lui, une question de principes humains, explique-t-il. Bien qu'elle soit la propriétaire de l'exploitation, Rachel ne s'oppose pas à lui : tous les travailleurs de la ferme sont des ouvriers libres. Certains ont été achetés comme esclaves et libérés, au grand dam des autres exploitants agricoles. Gonzalo a beau expliquer à ses amis que leur attitude choque et dérange les locaux, Samuel ne cède pas.

Rachel entreprend la construction de petites cases pour les employés qui ont accès à un puits pour l'eau ainsi qu'à un jardin où ils plantent des cultures vivrières locales, yuca, manioc, maïs, herbes culinaires et médicinales. Un prêtre les visite régulièrement et assure un service le dimanche après- midi. Les employés, anciens esclaves pour la plupart, ont été christianisés mais conservent des traditions religieuses étrangères, souvent polythéistes et importées d'Afrique ou de leurs ancêtres taïnos. Rachel entend parfois des mélopées lancinantes, chantées depuis le village de cases ou accompagnées de tambour. Milva s'y rend souvent et parle avec les employés. Elle parle de cérémonies de palo ou de vaudou. Elle essaie de soigner certains maux souvent avec l'aide de Samuel et de ses remèdes et s'occupe beaucoup des enfants. Elle décide d'ouvrir une classe pour apprendre aux enfants à lire et à écrire. Elle en parle à Rachel qui se désintéresse de l'affaire et lui donne son accord jusqu'à ce que Gonzalo vienne lui en parler.





jeudi 7 août 2025

Nouveau roman !

En marche pour un nouveau récit, le premier depuis le départ de Roger... Un roman que je lui dédie !

De nouvelles aventures qui vont nous entraîner dans l'Espagne de 1492, date de la Reconquista, mais également de la fuite de milliers de personnes poursuivies par l'Inquisition. C'est également la découverte des nouvelles îles, qu'on appelle faussement tout d'abord les Indes Occidentales, mais qui deviendront très vite les Caraïbes, terres tropicales que les espagnols et les nombreux migrants vont à la fois construire et détruire ... Toujours des histoires de migrants !

Dès le dernier point posé, d'ici la fin du mois je l'espère, je vous en avertis et vous en fournis des extraits.

Ne pas oublier "L'Histoire de l'Homme et de la femme, c'est avant tout l'histoire de migrants" et je suis fière d'en être un maillon...

😊😍❤️





jeudi 18 juillet 2024

Quand les chemins se rencontrent !

 Lecture de l'été...

https://www.librinova.com/compte/livre/22340


mercredi 26 juin 2024

Un grand manque !

 Dans cette période de deuil très difficile à vivre pour moi,

J'ai essayé de me remettre à écrire, comme pour me noyer dans un monde qu'il aimait et pour lequel il m'a

 toujours soutenue, de façon pas vraiment objective peut-être ... Mais comment être objectif en amour ?





Vous pourrez nous retrouver, car c'est toujours une partie de sa vie qu'on met en écriture !!!


https://www.librinova.com/librairie/result?thema=&themb=&text=%C3%A0+la+crois%C3%A9e+des+destins

Je vous souhaite une bonne journée et vous envoie toute mon affection !

samedi 4 mai 2024

LE MONDE DE SORAYA

 

Jihane est une "petite bonne"comme on en trouve des  milliers de par le monde, on les voit à peine, on les ignore, elles travaillent, sont maltraitées, violées, n'ont aucun statut.

Dans la famille où elle a été placée, un bébé nait, atteint du syndrome de Down ou trisomie 21. Elle ne correspond pas à l'enfant que les riches patrons attendaient. Elle est donc confiée à Jihane qui s'y attache et qui, empiriquement, l'éduque et la fait vivre presque normalement, avec surtout beaucoup d'amour et d'affection.

Mais la vie est parfois une drôlesse qui joue des tours pendables...

Jihane va faire preuve d'intelligence et de débrouillardise pour se sauver et sauver la petite Soraya ...

https://www.amazon.fr/MONDE-SORAYA-DOMINIQUE-VIETTI-LETOILLE/dp/B0D25J1QWL/ref=sr_1_1?crid=26YGINAUGM5IR&dib=eyJ2IjoiMSJ9.6YWewhmUd-oNQeoDGD-B2

Partagez le monde Jihane et de Soraya, fait de douceur et de bonheurs bien mérités.

Agréable lecture...


dimanche 14 avril 2024

Pourquoi ?










 Il est parti, brutalement, me laissant seule et désemparée, anesthésiée.

C'est quand ils partent qu'on se rend compte de leur importance. 

Tu me manques désespérément. On a eu des hauts et des bas mais je t'aimais tel que tu étais, avec tes qualités et tes défauts.

Je ne sais pas si je pourrais  continuer sans toi.

Je continues à te parler. Deviens-je folle ?

jeudi 29 février 2024

Le printemps arrive !

 Bonsoir à tous,

Je suis peu présente en ce moment... Des soucis comme bien d'autres !

Quelques nouvelles donnent un peu de joie...

Je serai présente au salon du Livre de La Rochelle les 21 et 22 septembre. J'espère vous y rencontrer !!!

 J'attends d'autres confirmations dont je vous avertirai.

Suivant les conseils d'une autrice, je présente mes manuscrits à de "prestigieuses" maisons d'édition ... ce

 que je n'osais pas faire jusque-là. Après tout, qui n'ose rien n'a rien et, ne dit-on pas, que la chance sourit

 aux audacieux ? Alors osons, ou plutôt j'ose... Je vous informerai des résultats🤞🏽

Plongez-vous dans les voyages et le dépaysement avec mes livres disponibles sur Amazon:

https://www.amazon.fr/s?k=vietti+letoille&crid=2E6B553R1VQS4&sprefix=vietti%2Caps%2C252&ref=nb_sb_ss_ts-doa-p_1_6

Bonne lecture.



samedi 20 janvier 2024

Pour bien commencer 2024 !

Bonne année nouvelle à tous !

En vous souhaitant une année 2024 pleine de bonheur, de joie, de santé, de prospérité !!! Et bien sûr, beaucoup de lectures pour rêver, voyager, rire, pleurer peut-être, vivre en lisant !

Je vous propose deux extraits de livres pour vous donner envie de découvrir deux mondes littéraires différents...


SKIPPERS EN POÉSIE

Aux deux vieux loups de mer profitent de leur pseudo retraite sous le soleil de Caraïbes en toute confiance, la vie  semble paradisiaque. De petites sorties leur permettent d'améliorer financièrement le quotidien. Ils ne s'interrogent pas sur le but de ces balades qu'ils considèrent comme anodines. Mais cela va s’avérer bien différent et douloureux !!!

https://www.amazon.fr/SKIPPERS-PO%C3%89SIE-AVENTURES-M%C3%89SAVENTURES-TROPICALES-ebook/dp/B08CCFSJ9G/ref=sr_1_2?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&crid=1OPFLRF7FSO9C&keywords=skippers+en+poesie&qid=1705764405&sprefix=skippers+en+poesie%2Caps%2C259&sr=8-2


Antoine est seul sur le voilier. Yalisa est descendue à quai, munie de la cinquantaine de dollars pour faire quelques courses. Le bateau oscille doucement, au gré des vagues qui viennent mourir dans la marina où il est seul. Les autres bateaux sont la plupart du temps vides. Il est arrivé à leurs employeurs d'y arriver par la mer, dans des vedettes puissantes, pour y déposer les touristes et leurs bagages. Antoine attend Pierre qui doit arriver aujourd'hui d'Europe pour l'accompagner durant cette mission. Il a atterri hier sur l'île voisine, dotée d'un aéroport plus important, et doit prendre un petit coucou pour arriver à Sainte Poésie dans ce qui ressemble davantage à un aérodrome d'aéroclub qu'à un aéroport, en dépit de la grande pancarte qui le désigne « Aéroport International de Sainte Poésie ». Un bien joli nom pour une île héritée des flibustiers et des corsaires qui ont écumé (et écument toujours !) les Caraïbes. La petite île commence à développer quelques établissements touristiques destinés à de très riches clients, souvent américains, du nord ou du sud, quelques russes et très peu d'Européens. Antoine et Pierre, lors de leur symbolique résidence à Sainte Poésie, ont été invités par le gouverneur de l'île. Une invitation très formalisée, sur un carton ouvragé et remis officiellement par un policier local en grand uniforme. Ils s'y sont rendus, difficile de se soustraire à une telle cérémonie. Le buffet était coloré et appétissant, le champagne, le rhum et le whisky coulaient à flot et les hôtesses, légèrement vêtues, des plus accueillantes. Une musique caribéenne de fond rendait presque l'atmosphère irréelle.

  • J'ai l'impression de me trouver dans un James Bond ! chuchota Pierre à l'oreille d'Antoine, tandis qu'une très jeune callipyge s'accrochait comme une bouée à ses épaules.

  • Ne te pose pas de questions et profite, lui répondit Antoine. Un rêve tropical, bien payé de surcroît, dont on aurait tort de se priver.

Le gouverneur a été des plus chaleureux, leur a glissé sa carte avec son numéro de téléphone personnel et a précisé que l'île avait bien besoin de résidents sérieux et qu'il était prêt à accueillir leur famille s'ils le désiraient. Pierre et Antoine acquiescèrent en souriant .

  • Nous n'y manquerons pas. Ce sera avec plaisir que nous ferons découvrir votre paradis à nos enfants, répliqua Pierre.

Après la cérémonie, Antoine demanda à son ami s'il était sincère quand il prétendait accueillir en vacances ses enfants. Pierre éclata de rire.

  • Jamais, tu plaisantes. Une réponse de circonstance. C'est notre coin secret. Paradis ou pas, je ne sais pas, mais il n'est pas question d'y venir en famille. Trop risqué !

  • Tu me vois soulagé. Risqué, dis-tu ! Tu le penses ?

  • Je ne crois pas aux miracles. La prise me semble trop belle. Je me suis renseigné. Apparemment, tout est clean chez International Sea Transport . Mais des questions se posent. Qui et que transportons-nous ? Crois-tu qu'on nous paie si généreusement pour accompagner des croisiéristes lambdas avec leurs bagages ? Vraiment ? Nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie. Ils utilisent notre pseudo notoriété d'anciens officiers sérieux et espèrent qu'ainsi nous n'attirerons pas l'attention des autorités, pas très regardantes. Deux vieux baroudeurs, copains de toujours, qui ne veulent pas raccrocher et qui sont contents d'engraisser leurs retraites plutôt minces. Contents de reprendre la mer, de retrouver un peu de tranquillité loin de chez eux. Tu ne crois pas que ces cadeaux, ces invitations, ces greluches qui nous tombent dans les bras sont offerts sans contrepartie. Ils veulent juste que nous fermions les yeux, tout en sachant pouvoir compter sur notre expérience de vieux loups de mer. Qui pourrait soupçonner deux retraités de la Royale, aux excellents états de service ?

Antoine réfléchit.

  • Je ne vais pas faire ça jusqu'à la saint Glinglin. Quand j'aurai une somme suffisamment rondelette, je m'arrêterai. Il faut que je termine les travaux dans notre maison, en ce moment la piscine et le tennis. Isabelle pourra bientôt s'arrêter et Clara finit ses études. Je compte lui acheter un petit appartement et ensuite, stop !

  • Ça dépend si tu veux acheter un appartement dans le seizième à Paris ou à Monaco ou au fin fond de la campagne ! Et ta piscine, tu la veux olympique ou pour faire trempette ? répliqua Pierre en riant. Mes projets ne sont pas les mêmes, liquider mes divorces avec les prestations demandées par mes ex et leurs avocats. J'ai deux enfants et donc deux pensions alimentaires. Ma progéniture s'attarde dans ses études. Donc toi comme moi, on en a pour quelques années encore. Mais, tout ça, ils le savent !

  • Ils ? De qui parles-tu ?

  • De nos mystérieux employeurs. Ils savent pertinemment qu'on a encore besoin d'eux pour quelque temps. Moi, tant qu'on ne nous demande pas davantage, ça me va très bien... à condition qu'il n'y ait pas un grain de sable qui grippe l'engrenage.

  • Tu crois qu'il y a un risque ?

  • On n'a rien sans rien, tu le sais. Je pense que le système est bien rôdé et que les risques sont limités, mais pas inexistants. On fait notre boulot correctement. Mine de rien, je me renseigne auprès d'anciennes relations. Pour l'instant, pas de nuages en vue, je t'assure. Je te préviendrai si j'apprends qu'il y a un problème en vue. Allez, viens, on en profite !

Antoine a longtemps ruminé après cette conversation, un peu inquiet. Mais il sait pouvoir compter sur Pierre, qui n'est pas une tête brûlée ni un casse-cou. Si un problème se profile, ils le sauront à temps. Ils se sont souvent interrogés tant sur leurs voyageurs que sur les marchandises transportées. Ils se doutent de la limite légale de leurs transports, même si officiellement, tout est correct, passeports, visas, contrôles. Ils ont finalement opté pour une réponse qui les satisfait et leur évite de s'interroger davantage : ils pensent transporter des cigarettes de contrebande, c'est la raison pour laquelle les paquets sont si soigneusement emballés, pour éviter l'humidité. Leurs touristes, toujours très polis et discrets sur leurs affaires, doivent être de riches personnages qui veulent voyager discrètement avec leurs jeunes compagnes et débarquer en Europe sans être reconnus. Ils n'ont jamais à transporter ni marchandises ni voyageurs lors des traversées en provenance d'Europe vers la paradisiaque île de Sainte Poésie, les voyages allers se font seuls.

Antoine s'est assoupi sur le bateau quand le bruit de pas sur le pont le réveille. Il se relève du hamac qu'ils ont installé et aperçoit une silhouette qui vient de sauter à bord. Il reconnaît la démarche décidée de Pierre, vêtu de son éternel jean et d'une chemisette blanche, mettant en valeur sa silhouette athlétique et son bronzage. Un bel homme qui ne paraît pas avoir légèrement dépassé la soixantaine. Il s'avance de sa démarche chaloupée, un sourire éclatant accroché aux lèvres.

  • Alors, flemmard, on bronze ? Et tout seul en plus.

Ils partagent une franche accolade, contents de se retrouver. Ils hésitent, par prudence, de rester seuls à Sainte Poésie. Mais Pierre a été retenu en France par un rendez-vous médical et Antoine, à la demande de leurs employeurs, a du arriver quelques jours auparavant. Il ne sait pas vraiment pourquoi, car il n'a reçu ni visites, ni marchandises. Seuls quelques policiers en goguette sont passés le saluer et s'enquérir si tout allait bien, en lui demandant si son ami allait bientôt arriver. Il a répondu qu’il l'attendait incessamment. Cette réponse a paru satisfaire les militaires qui, il l'a remarqué, jetaient de loin un œil sur le voilier. Quand il a interrogé le gardien du port, celui-ci lui a répondu qu'il n'avait vu personne, et, après réception d'un petit billet vert, l'a rassuré d'un sourire en lui précisant que tout allait bien et qu'il veillait au grain.

Antoine se sent moins seul maintenant que Pierre est arrivé. Il faut qu'il arrête d’échafauder des rêves délirants et inquiétants. Ils ne font que transporter des gens munis de toutes les autorisations et la loi ne leur impose pas de fouiller leurs bagages, aussi imposants et encombrants soient-ils. La police et la douane sont là pour ça. Tout est réglo. Mais la vieille morale judéo-chrétienne et la méfiance traditionnelle de l'armée le rendent prudent à l'excès. De l'argent trop facilement gagné, entend-il son père lui répéter, comme lorsqu'il était jeune, ce n'est pas normal. Mais c'était une autre époque ! Isabelle a paru inquiète lors de leur dernier séjour en Europe. Elle se doute sans doute de ses aventures, se dit-il, et en ressent une certaine jalousie. L'arrivée de Pierre le sort de ses pensées pessimistes. Ils vont pouvoir travailler ensemble. La perspective de leur prochaine transatlantique les réjouit. L'appel de la mer est toujours là, le plaisir de sentir le voilier répondre à leur gouvernance, le silence de la mer , le ciel et l'océan comme seuls horizons. Pierre dépose son sac et demande :

  • Des nouvelles de notre prochain départ ?

  • Rien de précis, dans les prochains jours, je suppose. Pour l'instant, ni voyageurs, ni marchandises.

  • Tiens donc, réplique en riant Pierre et passant la tête dans la porte de la cabine de son ami. Une nuit accompagnée... Tu ne perds pas de temps ! Où l'as-tu cachée ?

  • Il faut bien s'occuper. Tu sais que je n'aime pas être seul quand on est au port. Je l'ai envoyée faire quelques courses au village.

  • Elle va pouvoir nourrir sa famille. J'espère que tu n'as pas été trop généreux. Tu as tendance à te faire avoir.

Antoine éclate de rire.

  • Tu ne vas pas pleurer pour quelques dollars. Considère cela comme une bonne action. Elle va nous rapporter des fruits et des légumes frais. Il va falloir que l'on fasse quelques provisions avant de partir. Encore faut-il connaître notre date de départ et si nous aurons des touristes pour ce voyage. Les flics sont passés nous faire un petit coucou.

Pierre s'arrête de disposer ses affaires dans la cabine et se relève brutalement.

  • Que veulent-ils ?

  • Rien de précis, juste nous saluer. Ils m'ont demandé quand tu serais là.

  • Bizarre ! Cela ne s'est jamais produit. Tu as vu avec le gardien ?

  • Il m'a répondu qu'il n'y a rien de spécial. Ils sont venus chercher un petit bakchich que je leur ai donné. C'est bientôt le carnaval et ils ont besoin d'argent. Il n'y pas de quoi s'inquiéter.

Pierre ne semble pas très convaincu et hoche la tête, dubitatif.

  • Ouais ! Espérons. Je les sens un peu inquiets ces derniers temps.

  • Qui donc ?

  • International Sea Transport. Leurs demandes manquent de précision. Ils ne nous ont fait jamais attendre ainsi au port. Leurs missions sont nettes et sans fioritures, date et lieu de départ et d'arrivée, nombre de voyageurs. En ce moment, c'est plus flou. Mais tu as sans doute raison, je suis inutilement inquiet.

  • Bon, des nouvelles de ta santé ? Que t'a dit le cardiologue ?

  • C'est reparti pour vingt ans encore.

  • Il ne t'a pas dit davantage ?

  • Bof ! Doucement sur l'alcool, les gros cigares cubains et les petites beautés tropicales. La norme à notre âge, quoi. C'est certainement la même chose pour toi. On va manger sur le port. Je rêve de poisson frais. Au fait, tu as raison, je me suis habitué aux voyages en classe Affaires. J'ai dormi comme un loir et me sens en pleine forme, sans souffrir du décalage horaire. Ce sont de bons employeurs, qui nous traitent très respectueusement.

  • Ils ont besoin de nous.

  • Et nous d'eux. Allez, on y va.




UNE GRAND-MÈRE REDOUTABLE

Un cadre géographique et social très différent.
Les grands parents aiment leurs petits enfants. Mais l'attachement de cette grand-mère à sa petite fille disparue l'entraîne dans une vengeance presque folle mais que l'amour peut comprendre. 


Le lendemain fut jour de grasse mâtinée. Attablés au bord de la mer et face à un copieux petit-déjeuner, nous décidâmes de visiter la ville, sa médina, un petit tour au port, avant de partir dans l’après-midi, vers le village natal de Fati. Son père m’avait recommandé d’éviter les routes de campagne, la nuit. Nous ferions donc une étape en fin de journée. Nous trouvâmes une petite auberge, un peu pompeusement nommée « Riad », tenu par un couple franco-marocain qui avait passé de nombreuses années en région parisienne avant de venir s’installer dans ce coin un peu perdu mais qui avait un certain charme. Une petite mosquée d’où cinq fois par jour, le muezzin appelait à la prière, jouxtait l'auberge.

— En fait, c’est un enregistrement, me confia l’aubergiste comme un secret. Mais ne dites rien à ma femme, je lui fais croire qu’il grimpe à chaque fois sur le minaret pour l’appel à la prière…Et je crois que ça la fait rêver. Ne la décevez pas !

Autour de la mosquée, quelques maisons en terre et quelques échoppes auxquelles menaient des chemins de terre.

— Heureusement, ou malheureusement, il n’a pas plu depuis bientôt quatre mois. Je dis heureusement parce que, avec la pluie, on a de la boue partout. Mais malheureusement, parce les cultures et les champs auraient bien besoin d’eau. Que peut-on faire sinon prier et espérer, ajouta notre hôtesse.

Si les chambres propres n’offraient qu’un confort sommaire, une ampoule centrale et des lampes à pétrole qui signifiaient que de temps en temps, l’électricité faisait défaut, des draps un peu rêches d’avoir séché sur les buissons au soleil, une couverture de laine pour les hivers qui pouvaient s’annoncer rigoureux, un petit meuble de bois brut pour poser nos valises et pas d’eau chaude, la cuisine était par contre sublime. La femme de notre hôte avait su avec génie mêler les saveurs de la cuisine marocaine, très riche, et toute la variété de la cuisine française de ses origines. Elle nous proposa en entrée une variété de salades, tomates, poivrons, citrons confits, olives parfumées. En plat principal, elle avait préparé un gigot d’agneau pour lequel elle avait mélangé les épices traditionnels comme la coriandre, le cumin, le ras el hanut (mélange d’épices) avec du safran et du thym, faisant mijoter pendant la cuisson des petites pommes de terre nouvelles qu’elle m’assura venir de son potager. J’en garde encore, des années après, un souvenir que je qualifierai de royal. Elle termina son repas en nous offrant une pastilla à la crème anglaise. Nous calâmes devant les cornes de gazelle proposées avec le thé à la menthe. Elle nous les enveloppa délicatement pour le lendemain.

Comme je la complimentais sur ses talents de cuisinière hors pair, son époux, avec un air de clown triste, me montra son ventre rebondi en affirmant :

— Quand je l’ai connu, on m’appelait le maigre ! Voyez ce que produisent trente années de mariage.

Il éclata de rire.

— Mais je n’en changerai pour rien au monde…Et pas uniquement pour sa cuisine, affirma-t-il en la prenant tendrement par les épaules, un geste rare dans sa tradition. Mais, comme il nous le répéta timidement: "Je l'aime"!

— Ma grand-mère m’a toujours dit qu’on gardait les hommes avec de bons petits plats ! C’est ce que j’ai fait, confirma son épouse en souriant de toutes ses rides.

La chaleur et la tendresse que diffusait ce couple hors normes étaient un vrai bonheur. Nous restâmes deux jours de plus dans cette étape improvisée, parcourant les petites pistes environnantes ou discutant avec nos hôtes. J’en conserve un souvenir ému et, quand nous partîmes, j’avais l’impression de laisser de vieux amis.

Notre prochaine étape nous mena au village de la famille Manri, là où Fati et tous les siens étaient nés et avaient vécu avant de traverser la mer pour s’installer en France. Abdellatif avait franchi le pas le premier, quand, dans les années soixante, les usines réclamaient à grand renfort de publicité de la main d’œuvre pour leurs chaînes de fabrication, leurs fonderies, leurs mines, leurs travaux publics. C’étaient des travaux durs que l’on proposait à ces hommes qui venaient la plupart du temps en célibataires des anciennes colonies françaises. Les conditions de vie qui les attendaient en France étaient difficiles. Logés dans des foyers surpeuplés ou dans des bidonvilles, c’est avec bonheur que certains découvrirent les premiers HLM, avec des constructions en dur, de l’eau courante, du chauffage et un confort comme ils n’en avaient jamais connu. Leur intégration se faisait mal en Europe, ils vivaient en communautés, envoyaient l’essentiel de l'argent durement gagné à leur famille et au village, retournaient  chez eux chaque année, tels des pères Noël du mois d'août, date de fermeture des usines, chargés de cadeaux et ne pensaient qu’au jour où ils auraient suffisamment d’argent pour retourner finir leur vie au pays.

Abdellatif avait fait partie des premiers émigrés du village. Il avait à peine dix-huit ans quand il décida de partir. Son père avait un petit lopin de terre insuffisant pour nourrir toute la famille, il était jeune, fort et se sentait le goût de l’aventure, car c’était vraiment une aventure que ces départs vers des pays inconnus, lointains (il fallait plusieurs jours de bateau), froids et avec qui les rapports restaient souvent très ambigus.



Je vous souhaite une bonne journée et de délicieuses lectures  !